États-Unis : des publications officielles accusées de reprendre des codes suprémacistes blancs

Publié le 27 janvier 2026 à 20:15

La Maison-Blanche et plusieurs agences fédérales américaines sont accusées d’avoir relayé des visuels, slogans et références culturelles directement associés à l’extrême droite, notamment le mème “Moon Man”, largement utilisé dans les cercles néo-nazis, et des codes historiquement liés au Ku Klux Klan, ravivant le débat sur les dérives de la communication institutionnelle à l’ère des réseaux sociaux.

Par @sahbymehalla

États-Unis : des publications officielles accusées de reprendre des codes suprémacistes blancs

Une série de publications diffusées ces derniers jours sur les comptes officiels de la Maison Blanche, du Département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security - DHS) et du Département du Travail (Department of Labor - DOL) suscite une controverse croissante aux États-Unis. En cause, l’utilisation d’images, de slogans et même d’un morceau musical que des chercheurs et organisations spécialisées associent depuis des années aux milieux suprémacistes blancs et à l’extrême droite américaine.

Plusieurs de ces publications reprennent une esthétique visuelle et des références culturelles bien connues des communautés nationalistes blanches en ligne, brouillant dangereusement la frontière entre communication institutionnelle et codes idéologiques radicaux. Des experts interrogés par la chaîne publique PBS NewsHour estiment que, même sans intention explicite, ces emprunts constituent « un signal politique lourd de sens » dans le climat actuel.

Centre juridique du Sud pour la lutte contre la pauvreté (Le Southern Poverty Law Center - SPLC), organisation de référence dans le suivi des mouvements extrémistes, va plus loin. Dans une analyse détaillée, l’ONG documente l’usage par le DHS de graphiques et de slogans anti-immigration directement inspirés de visuels circulant dans des sphères néo-nationalistes blanches. Le SPLC souligne que ces codes sont immédiatement reconnaissables par les communautés radicalisées, même s’ils passent souvent inaperçus du grand public.

Des médias nationaux relaient également l’inquiétude. CBS News, citant des experts en radicalisation en ligne, rapporte que certaines formules utilisées par des agences fédérales — notamment des slogans exaltant « l'unité nationale » et « l'héritage » — rappellent des mots d’ordre historiquement liés à l’extrême droite américaine et européenne. Ces parallèles, jugés troublants, interviennent alors que la violence politique et les discours identitaires restent au cœur des préoccupations sécuritaires aux États-Unis.

États-Unis : des publications officielles accusées de reprendre des codes suprémacistes blancs

M. Mac Tonight fait le tour d’un dîner de gala et d’une soirée de levée de fonds au centre de production de McDonald’s, à Industry. Photo de Luis Sinco / Los Angeles Times via Getty Images

 

Le site d’investigation Talking Points Memo révèle par ailleurs qu’une vidéo promotionnelle du DHS incluait un mème et une musique régulièrement détournés par des groupes suprémacistes sur les réseaux sociaux, notamment sur X. Là encore, le département concerné n’a pas reconnu de lien idéologique, évoquant une simple erreur de communication.

Face aux critiques, les agences fédérales nient toute intention de reprendre des messages extrémistes et affirment que leurs publications visent uniquement à renforcer l’impact de leurs campagnes d’information. Mais pour de nombreux analystes, le problème est structurel, à l’ère des guerres culturelles numériques, les symboles comptent autant que les mots. Et lorsqu’ils émanent de comptes gouvernementaux, leur portée est démultipliée.

Le ministère du Travail a lancé une campagne sur les réseaux sociaux mettant en scène des images représentant majoritairement des hommes blancs. Les images ça n’a pas été possible d'être déterminer s’il s’agissait d’images générées par intelligence artificielle, bien que des experts estiment qu’elles en présentent des caractéristiques similaires. Images : Department of Labor 

 

En filigrane, cette polémique révèle un enjeu plus large, la professionnalisation de la communication politique en ligne et la nécessité, pour les institutions, de maîtriser les codes numériques afin d’éviter toute récupération idéologique. Dans un paysage médiatique saturé, l’erreur n’est plus neutre — elle devient un message en soi.

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

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