3919 : rétablir les faits, refuser les caricatures, protéger toutes les victimes

Publié le 19 février 2026 à 00:35

La lutte contre les violences conjugales mérite mieux que des approximations, des raccourcis ou des procès d’intention. Elle exige de la rigueur, de l’honnêteté intellectuelle et, surtout, le refus d’invisibiliser une partie des victimes au nom d’un récit politique simplificateur.

Par @fabienwald

3919 : rétablir les faits, refuser les caricatures, protéger toutes les victimes

Lors des Questions au Gouvernement du mardi 10 février 2026 à l’Assemblée nationale, une affirmation a particulièrement retenu mon attention dans le compte rendu officiel.

L’intervention vidéo concernée est visible ici.

Il a été déclaré que la demande de mixité du 3919, numéro national d’écoute pour les femmes victimes de violences, serait portée par « l’extrême droite », présentée comme « la seule force » à la réclamer.

Cette affirmation est factuellement inexacte.

La réalité parlementaire est plus nuancée.

En effet, les travaux parlementaires (questions au gouvernement ou amendements) démontrent que la question de l’extension du 3919 ou de la création d’une ligne équivalente accessible aux hommes victimes de violences conjugales n’est pas l’apanage d’un seul groupe politique.

En 2025, douze Questions au Gouvernement et quatre amendements ont été déposés sur ce sujet. Les initiatives provenaient de députés issus de sensibilités diverses : UDR, MODEM, LR, LREM, Horizons, RN et non-inscrits.

Les éléments détaillés sont consultables directement sur le site de l’Assemblée nationale pour les questions au gouvernement et pour les amendements.

Affirmer qu’une seule formation politique aurait porté cette demande revient donc à travestir la réalité des débats parlementaires.

Or, dans un contexte déjà tendu autour des violences conjugales, une telle simplification n’est pas anodine. Elle transforme un débat de politique publique en affrontement partisan. Elle enferme une question sociale complexe dans une lecture idéologique réductrice. Et, ce faisant, elle détourne l’attention de l’essentiel : la protection des victimes.

Le cœur du sujet : l’accès à l’aide !

La question posée est pourtant simple : comment garantir que toute personne victime de violences conjugales puisse accéder à une écoute, à une orientation et à une prise en charge adaptée ?

Personne ne conteste que les femmes constituent la grande majorité des victimes de violences conjugales graves et mortelles. Cette réalité statistique fonde à juste titre des politiques publiques ambitieuses en leur direction.

Mais reconnaître cette majorité ne signifie pas nier l’existence d’autres victimes.

Des hommes subissent également des violences conjugales. Ils rencontrent souvent des obstacles supplémentaires : honte, crainte de ne pas être crus, absence de dispositifs clairement identifiés.

Le débat sur le 3919 ne consiste pas à opposer les victimes entre elles, ni à relativiser les violences faites aux femmes. Il porte sur la cohérence d’un dispositif public au regard du principe d’égalité d’accès aux services.

Le collectif « Défendre les enfants » a publiquement affirmé n’avoir jamais appelé à saturer le 3919 dans un communiqué disponible en ligne.

Assimiler des demandes institutionnelles (portées par amendements et questions parlementaires) à des stratégies de perturbation numérique contribue à brouiller le débat.

Dans un État de droit, interpeller le Gouvernement, déposer des amendements ou demander une évolution d’un dispositif public constitue l’exercice normal du débat démocratique. Transformer ces initiatives en signaux d’hostilité fragilise la qualité de notre discussion collective.

Une invisibilisation persistante ?

La difficulté n’est pas nouvelle. Elle tient à une tension permanente : comment reconnaître des réalités statistiques majoritaires sans effacer les situations minoritaires ?

Le collectif « Défendre les enfants » a également publié un droit de réponse à la suite d’un article du journal Le Monde, resté sans publication dans ses colonnes, texte consultable en ligne.

Lorsque des inexactitudes factuelles sont relevées, elles devraient pouvoir être rectifiées dans un esprit de responsabilité journalistique. La confiance dans l’information repose précisément sur cette capacité d’ajustement et de correction.

Il ne s’agit pas ici d’ouvrir une polémique, mais de rappeler qu’une démocratie vivante suppose un espace public où les faits peuvent être discutés, vérifiés et, si nécessaire, rectifiés.

Sortir de l’affrontement symbolique

La lutte contre les violences conjugales exige des moyens financiers, des dispositifs d’accueil performants, une formation des professionnels et une coordination efficace entre justice, police, services sociaux et associations.

Plutôt que de s’interroger sur « qui » porte la demande, il serait plus utile d’examiner « quoi » est proposé :

Faut-il élargir le périmètre du 3919 ?

Faut-il créer un numéro distinct mais équivalent pour les hommes victimes ?

Comment garantir que ces évolutions renforcent les dispositifs existants ?

Ce sont des questions techniques, budgétaires et organisationnelles. Elles méritent des réponses construites, appuyées sur des données, et non des formules politiques.

Une exigence simple : protéger sans exclure

Le principe devrait être clair : toute victime doit pouvoir être écoutée et orientée efficacement.

Protéger les femmes victimes de violences ne suppose pas d’exclure symboliquement les autres victimes du débat public. Inversement, reconnaître l’existence d’hommes victimes ne signifie en aucun cas relativiser la gravité des violences faites aux femmes.

La lutte contre les violences conjugales ne doit pas devenir un champ de bataille symbolique. Elle doit rester ce qu’elle est : une cause d’intérêt général, au service de toutes les victimes, sans distinction et sans caricature.

 

ÉCRIT PAR : FABIEN WALD

 

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