FBI au match Algérie–RD Congo à la CAN 2025 : info solide ou storytelling recyclé ?

Publié le 6 janvier 2026 à 18:32

Présence supposée du FBI au match Algérie–RD Congo, aucun communiqué américain, aucune source primaire, seulement des reprises locales. Décryptage fact-check d’un narratif médiatique sans base officielle.

Par @sahbymehalla

FBI au match Algérie–RD Congo à la CAN 2025 : info solide ou storytelling recyclé ?

Un agent de FBI. Photo : KEYSTONE/AP/MANUEL BALCE CENETA

 

La rumeur a tourné vite, très vite, des agents du FBI auraient été présents lors du match AlgérieRD Congo à Rabat, dans le cadre d’une “mission d’observation” liée aux standards de sécurité et, par extension, à la Coupe du monde 2026. Problème ? quand on remonte la chaîne des preuves, on ne tombe pas sur une source américaine, mais sur un narratif local relayé en boucle, souvent sans vérification et parfois avec un emballage “international” qui ressemble davantage à une stratégie d’influence qu’à une information établie.

Le point le plus solide du dossier, c’est justement celui qui est souvent tordu par les reprises copier-coller. Plusieurs articles citent une formulation prudente attribuant l’information à un “communiqué transmis aux médias marocains”. C’est notamment ce que reprend So Foot, qui écrit que la présence d’une délégation du FBI au stade serait établie “selon un communiqué transmis aux médias marocains”, information “rapportée par RMC Sport”. Autrement dit, même dans la version la plus propre, on ne parle pas d’un communiqué du FBI, mais d’un document communiqué localement puis repris par une chaîne médiatique.

Ensuite, quand on cherche la “source mère” revendiquée par les récits (les noms des responsables, les dates, l’objet), la plupart des papiers anglophones et marocains renvoient non pas à Washington, mais à une communication de la DGSN marocaine. Yabiladi (en anglais) affirme explicitement que l’objectif de la visite “selon un communiqué de la DGSN”, tout en citant les noms Douglas Olson et Kevin Kowalski et les dates du 4 au 6 janvier. North Africa Post reprend la même structure en indiquant que ces éléments proviennent d’un “indique un communiqué publié par la DGSN”. Même si l’on admet que cette communication marocaine existe, cela ne la transforme pas en source primaire américaine, c’est une source marocaine décrivant une visite américaine.

C’est ici que la logique institutionnelle devient centrale. Si cette histoire était réellement portée par une initiative américaine structurée, on s’attendrait à voir au moins une trace dans l’écosystème officiel US, surtout quand le récit invoque la Coupe du monde 2026. Or, à ce stade, il n’existe pas d’élément public comparable sur les canaux officiels américains associés au FBI. À l’inverse, on peut constater que lorsque le FBI communique sur ses relations avec le Maroc, il le fait clairement et sous sa propre signature, comme dans son communiqué de 2023 sur la visite du directeur du FBI au Maroc pour rencontrer des partenaires locaux. Cette asymétrie est un signal simple, quand c’est officiel côté FBI, le FBI sait publier.

Sur le plan juridique et organisationnel, votre intuition est la bonne, “observer un match” pour préparer un Mondial n’est pas, en première intention, une mission typique du FBI. Le FBI est une agence fédérale de police judiciaire et de renseignement intérieur ; il coopère à l’international via ses attachés juridiques (les “Legats”), y compris à Rabat. Mais cette présence structurelle ne valide pas, à elle seule, le scénario médiatique d’une “inspection sécurité CAN = répétition générale Mondial 2026”. Les grands dispositifs de sécurité événementielle liés à une Coupe du monde reposent normalement sur des architectures inter-agences, des accords formalisés, et une communication portée par les organisateurs (FIFA et comités locaux) — pas sur un récit construit à partir d’un “communiqué transmis aux médias” sans publication primaire américaine.

Alors pourquoi cette histoire a-t-elle autant circulé, notamment dans certains médias algériens et marocains ? Parce qu’elle coche toutes les cases d’un contenu “haut rendement”, un acronyme mondialement connu (FBI), une affiche à tension émotionnelle (Algérie–RD Congo), et un framing valorisant pour le pays hôte “regardez, même les Américains viennent apprendre chez nous”. Le problème n’est pas de rapporter une information, c’est de la présenter comme un fait robuste alors que la preuve se limite à une chaîne de reprises. Les médias algériens qui ont copié-collé l’angle sans remonter à la source et sans expliciter le niveau de preuve ont fait un choix éditorial paresseux, ils ont importé une narration, pas une information vérifiée. Les médias marocains qui ont poussé l’angle “thermomètre d’opinion” sur un match impliquant l’Algérie jouent, eux, une mécanique classique d’influence, provoquer, capter l’attention, polariser, puis laisser les autres relayer.

La bonne pratique journalistique, dans ce cas, est celle que vous pointez, être clair sur le degré de certitude. La formulation “selon un communiqué transmis aux médias marocains” est précisément ce que doit retenir le lecteur, parce qu’elle dit la vérité du dossier, ce n’est pas une annonce du FBI, c’est une information attribuée à une source marocaine et relayée ensuite. Tant qu’il n’existe pas de confirmation primaire américaine (ou a minima une publication vérifiable d’un organisateur officiel), l’angle “FBI présent pour préparer 2026” doit être traité comme une hypothèse médiatique, pas comme un fait.

Oui, il est possible qu’une délégation américaine ait été physiquement présente. Mais non, ce qui circule aujourd’hui n’a pas la solidité documentaire qu’on lui prête, et l’usage du label “FBI” sert surtout d’amplificateur émotionnel. L’avenir proche — et c’est là l’approche pragmatique — est simple, soit une trace officielle US/organisateur apparaît, soit cette histoire restera ce qu’elle ressemble déjà à être, un récit local suralimenté par le copier-coller.

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

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