Le groupe automobile Stellantis renforce son implantation en Algérie avec de nouvelles capacités de production, une montée en puissance de l’intégration locale et l’ambition de bâtir un véritable hub industriel régional, marquant un tournant stratégique pour le secteur automobile nord-africain.
Par @sahbymehalla
Photo : Stellantis Media
Le constructeur automobile Stellantis accélère sa transformation industrielle en Algérie, en faisant du pays un pivot stratégique de sa feuille de route pour le Moyen-Orient et l’Afrique, avec une vision qui dépasse largement l’assemblage traditionnel et vise à créer une chaîne de valeur locale durable et compétitive, selon plusieurs annonces officielles récentes et données industrielles.
Depuis 2023, Stellantis a inauguré à Tafraoui, dans la province d’Oran, une usine automobile flambant neuve destinée à produire des voitures de la marque Fiat pour le marché algérien. Cet investissement dépasse 200 millions d’euros, mobilisant des ressources pour l’assemblage de plusieurs modèles, et a généré dès sa première année près de 500 emplois directs, avec plus de 1 600 emplois indirects attendus d’ici 2026.
La stratégie initiale d’assemblage en kits semi démontés (semi-knocked-down-SKD) est désormais en pleine évolution, le site passera à la production en kits entièrement démontés (Completely Knocked-Down-CKD) avec intégration interne de l’atelier de peinture et de ferrage, ce qui permettra de produire jusqu’à 90 000 véhicules par an d’ici 2026 et d’atteindre un taux d’intégration locale de pièces dépassant 30 %, bien au-delà des exigences réglementaires locales.
Mais le projet dépasse largement l’implantation d’une seule usine. En 2026, selon des informations relayées par Ecofin Agency, Stellantis prévoit la création d’une nouvelle unité de production pour sa marque allemande Opel, la première en dehors d’Europe, consolidant ainsi la position de l’Algérie comme plateforme régionale de fabrication automobile pour les marchés africains et moyen-orientaux. Cette décision reflète une volonté claire de combiner capacité industrielle locale et couverture géographique étendue, au-delà des frontières algériennes.
Parallèlement, Stellantis organise depuis 2024 des conventions internationales des fournisseurs à Oran, rassemblant des acteurs locaux et internationaux autour de son projet industriel. Ces événements ont déjà abouti à plusieurs lettres d’intention avec des fournisseurs, renforçant l’écosystème industriel national. L’objectif affiché est d’atteindre 30 % d’intégration locale des pièces d’ici 2026, ce qui constitue un jalon crucial vers une industrie automobile plus autonome et compétitive.
Ce virage industriel s’inscrit dans un contexte économique plus large pour l’Algérie, qui cherche à réduire sa dépendance aux importations de véhicules finis tout en stimulant l’emploi et la production locale. À terme, l’implantation de Stellantis pourrait aussi jouer un rôle central dans la formation spécialisée et la montée en compétences des ressources humaines du secteur, avec des initiatives de formation technique et des partenariats académiques déjà en cours.
Sur le plan industriel global, l’effort algérien se distingue dans une région où des voisins comme le Maroc dominent déjà l’exportation vers l’Union européenne. Si l’Algérie n’a pas encore atteint ce niveau d’intégration dans les chaînes de valeur mondiales, l’investissement de Stellantis représente un changement structurel majeur vers une stratégie de production locale intégrée, alignée avec les grandes tendances de décentralisation industrielle dans l’automobile.
Ainsi, Stellantis ne se contente plus de poser les bases d’un simple dispositif industriel en Algérie. Le groupe amorce une recomposition progressive de son modèle, en contribuant à l’émergence d’un pôle manufacturier régional fondé sur la production locale, l’attractivité pour les fournisseurs internationaux et une montée en gamme industrielle appelée à s’inscrire dans la durée.
Cette orientation stratégique s’est récemment matérialisée lors d’une rencontre organisée à Turin, au cours de laquelle Stellantis a adressé un message clair aux industriels italiens et algériens. Le constructeur entend accélérer la localisation des composants automobiles en Algérie, afin de dépasser le cadre du simple assemblage et de structurer un véritable tissu industriel local autour de ses sites de production.
Selon l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), la réunion, organisée en coordination avec l’ambassade d’Algérie en Italie et l’Union industrielle de Turin, a rassemblé 117 participants, parmi lesquels des entreprises italiennes spécialisées dans les composants automobiles et des opérateurs industriels algériens. Les échanges ont porté sur les opportunités d’investissement, les capacités industrielles locales et les perspectives de partenariats à moyen terme.
Représentant l’AAPI, Iman Toumi a mis en avant le climat d’investissement algérien ainsi que les dispositifs d’accompagnement proposés aux industriels étrangers, soulignant « l'intérêt croissant des fabricants italiens pour le marché algérien ». L’agence a également annoncé la tenue du salon Mechanica Algeria, prévu du 10 au 12 février 2026 à Oran, présenté comme un rendez-vous clé pour renforcer les passerelles industrielles entre l’Algérie et ses partenaires internationaux.
Lors de cette rencontre, Stellantis a détaillé ses besoins industriels et ses projets à venir, en insistant sur « l’importance de localiser l’industrie des composants en Algérie » afin d’augmenter le taux d’intégration locale et de consolider la sous-traitance nationale. Les priorités identifiées portent notamment sur la production locale de composants automobiles, la fourniture de technologies et de machines industrielles, ainsi que des investissements ciblés sur le territoire algérien.
Cité par l’agence italienne Agenzia Nova, Stellantis a tenu à préciser que cette démarche ne s’inscrit ni dans une logique de délocalisation, ni dans une stratégie d’exportation vers l’Europe. Le modèle défendu repose sur une production locale destinée au marché algérien, tout en affirmant que l’écosystème nord-africain en cours de structuration ne se positionne pas en concurrence avec l’écosystème industriel européen.
ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA
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