Washington accélère sa stratégie dans le Golfe. Donald Trump tente de former une coalition internationale pour rouvrir le détroit d’Ormuz et envisage une opération contre l’île pétrolière iranienne de Kharg, pivot stratégique du marché mondial du pétrole.
Par Le Manifest
Photo prise par Roberto Schmidt / Getty Images.
Le président américain Donald Trump travaille à la formation d’une coalition internationale destinée à rouvrir le détroit stratégique d’Ormuz, actuellement paralysé par le blocus iranien. L’administration américaine espère annoncer la création de cette alliance militaire dès cette semaine.
Dans le même temps, Washington étudie une option plus radicale, la prise de contrôle du terminal pétrolier iranien situé sur l’île de Kharg, cette opération impliquerait le déploiement de troupes américaines sur le terrain si les pétroliers continuent d’être bloqués dans le golfe Persique, indiquent des responsables américains.
Le bras de fer autour du détroit d’Ormuz provoque déjà des tensions sur les marchés énergétiques, les prix du pétrole et du gaz augmentent alors que le blocage iranien perturbe une portion essentielle de l’approvisionnement mondial en brut.
L’Iran empêche les pays du Golfe d’exporter leur pétrole tout en laissant passer les pétroliers transportant du brut iranien, cette stratégie permet à Téhéran de maintenir ses exportations vers la Chine et d’autres partenaires, tout en restreignant celles de ses voisins.
Un responsable informé de la situation explique que tant que ce blocus persiste, la guerre pourrait difficilement être arrêtée, même si Washington le souhaitait.
Dans un message publié sur Truth Social, Donald Trump a affirmé que les États-Unis et plusieurs pays allaient envoyer des navires de guerre dans le Golfe afin de sécuriser la navigation commerciale. Il a notamment appelé la Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud et le Royaume-Uni à participer à l’opération.
À bord d’Air Force One, le président américain a également déclaré aux journalistes qu’il « exigeait » que les pays membres de l’OTAN et d’autres nations importatrices de pétrole participent à la sécurisation du détroit.
Selon lui, des discussions sont en cours avec sept pays pour mettre sur pied cette mission. « Nous parlons avec plusieurs nations pour patrouiller dans le détroit. Ce serait bien qu’elles se joignent à nous. Nous obtenons de bonnes réponses », a-t-il affirmé.
Des responsables américains indiquent toutefois que certains États ont déjà décliné l’invitation. Donald Trump estime néanmoins que l’opération resterait limitée, jugeant que l’Iran dispose désormais de « très peu de puissance de feu ».
Le président et plusieurs hauts responsables de son administration ont passé le week-end au téléphone afin de convaincre leurs partenaires internationaux de rejoindre l’initiative.
Donald Trump s’est notamment entretenu avec le Premier ministre britannique Keir Starmer, alors même qu’il affirmait quelques jours plus tôt qu’il était « trop tard » pour que Londres participe aux opérations.
Une source proche des discussions décrit « un week-end intense de diplomatie entre les États-Unis et leurs alliés européens, asiatiques et du Golfe », l’objectif prioritaire de Washington reste d’obtenir un engagement politique de ses partenaires pour ce qui est désormais appelé à la Maison-Blanche la « coalition d’Hormuz ».
Pour l’instant, aucun pays n’a annoncé publiquement sa participation, mais un responsable de l’administration affirme que plusieurs soutiens pourraient être dévoilés dans les prochains jours.
Les États intéressés pourraient fournir des navires de guerre, des capacités de commandement, des drones et d’autres moyens militaires. Selon les responsables impliqués dans les négociations, les détails opérationnels seront définis ultérieurement une fois l’accord politique obtenu.
« La majorité de ce pétrole n’est pas le nôtre. Il va vers d’autres pays. S’ils veulent que les prix baissent, ils doivent contribuer », a déclaré un responsable américain.
La question du détroit d’Ormuz devrait être au cœur de la visite officielle à la Maison-Blanche de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi prévue jeudi.
Donald Trump cherche également à obtenir l’engagement de Pékin avant un sommet prévu avec le président chinois Xi Jinping à la fin du mois. Il a averti dans une interview au Financial Times qu’il pourrait reporter ce déplacement si la Chine refuse de participer.
Par ailleurs, un responsable iranien a confié à CNN que Téhéran pourrait autoriser le passage des pétroliers à condition que les cargaisons soient réglées en yuan chinois plutôt qu’en dollars américains.
Donald Trump a également mis en garde les alliés de l’OTAN. En cas de refus de coopération, « cela pourrait être très mauvais pour l’avenir de l’OTAN », a-t-il déclaré au Financial Times.
Parallèlement, les forces américaines poursuivent leurs frappes contre des cibles iraniennes, en particulier sur les côtes du Golfe et autour de l’île de Kharg.
Située à environ 24 kilomètres des côtes iraniennes, cette installation stratégique assure près de 90 % des exportations de pétrole brut du pays.
Vendredi, Donald Trump a annoncé avoir ordonné des frappes contre des installations militaires sur l’île, tout en épargnant les infrastructures pétrolières. Le lendemain, il a toutefois déclaré à NBC que les États-Unis pourraient « frapper encore quelques fois, juste pour le plaisir ».
Officiellement, la Maison-Blanche affirme qu’aucune décision n’a été prise concernant la prise de contrôle de l’île.
Certains responsables américains estiment toutefois que la saisie de Kharg pourrait constituer un « coup économique décisif » contre le régime iranien en privant Téhéran de ses revenus pétroliers.
Mais une telle opération nécessiterait une présence militaire terrestre et pourrait déclencher des représailles iraniennes contre des installations pétrolières et des pipelines dans les pays du Golfe, notamment en Arabie saoudite.
« Les risques sont énormes. Les gains potentiels aussi. Le président n’en est pas encore là », a confié un responsable.
Le sénateur républicain Lindsey Graham a salué l’idée d’une attaque contre Kharg. Selon lui, la perte de ce terminal pourrait « anéantir » l’économie iranienne et modifier profondément l’issue du conflit.
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