À 79 ans, Donald Trump se projette déjà dans l’histoire. Selon des responsables de la Maison-Blanche, cette obsession de l’héritage coïncide avec une série de décisions radicales et controversées, alimentant les doutes sur la cohérence et la dérive de sa présidence.
Par @lemanifestmedia
Le président Donald Trump ferme les yeux lors d’une conférence de presse conjointe avec le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy, à l’issue d’une rencontre au club Mar-a-Lago de Trump, dimanche 28 décembre 2025, à Palm Beach, en Floride. Photo : AP News / Alex Brandon.
À mesure que les semaines passent, une constante s’impose dans la présidence de Donald Trump, une focalisation croissante sur la trace qu’il laissera dans l’histoire, au moment même où ses décisions interrogent de plus en plus sur la cohérence, la rationalité et la stabilité de son exercice du pouvoir.
Selon un responsable de la Maison-Blanche cité par New York Magazine, Donald Trump consacre désormais une part significative de son temps à réfléchir à comment il sera retenu par l’histoire. Une inflexion nette, rapportée par le magazine, qui marque un tournant, moins de gestion structurelle, davantage de symboles, de récits et de constructions mémorielles.
D’après cette source interne, le président ne se concentre plus uniquement sur ses politiques publiques en cours, mais sur ce qu’il laissera derrière lui, un glissement assumé par l’entourage présidentiel et perçu comme un changement profond par rapport à son approche initiale, fondée sur le rapport de force et l’affrontement permanent.
Cette obsession de la postérité s’est traduite par une série de projets qualifiés de spectaculaires, la construction d’un ballroom monumental sur le site de l’ancien East Wing de la Maison-Blanche, l’idée d’un « Arc de Trump » à Washington, ou encore le renommage de lieux culturels et institutionnels pour y apposer son nom.
Ces initiatives, illustrent moins une vision politique structurée qu’une volonté de figer son nom dans la pierre, indépendamment des priorités sociales, économiques ou diplomatiques du pays. Toujours selon New York Magazine, Trump se montrerait également sensible à l’idée d’un prix Nobel de la paix, perçu avant tout comme un marqueur symbolique de reconnaissance internationale, davantage que comme l’aboutissement d’un processus diplomatique crédible.
Cette préoccupation pour l’après-mort intervient dans un contexte particulièrement troublant. Depuis le début du mois de janvier, l’action présidentielle est marquée par une accumulation de décisions et de déclarations qui rompent avec les cadres traditionnels du droit international et de la gouvernance démocratique.
Parmi elles :
- – la création unilatérale d’un « conseil de paix » présenté comme une alternative à l’ONU, marginalisant de facto les institutions multilatérales existantes ;
- – des déclarations publiques évoquant l’enlèvement ou l’élimination de dirigeants d’États souverains, dont le président vénézuélien Nicolás Maduro, sans base juridique reconnue ;
- – des propos répétés sur une possible prise de contrôle du Groenland, malgré le refus clair du Danemark et le droit international ;
- – des opérations de l’ICE ayant conduit à la mort de plusieurs personnes, dont des citoyens américains, justifiées par une rhétorique de déshumanisation qui a suscité de vives critiques d’ONG et de juristes.
Pris isolément, ces éléments relèvent de choix politiques extrêmes. Pris ensemble, ils dessinent une séquence de rupture, où la logique institutionnelle semble céder la place à une vision personnelle du pouvoir, centrée sur la domination, la force et le récit historique.
Cette introspection pourrait être liée à l’âge du président, 79 ans, et à des moments récents où Trump aurait pris conscience de sa propre finitude. Le président, de son côté, rejette toute inquiétude, affirmant être « en meilleure forme qu’à 40 ans » et dénonçant toute interrogation sur ses capacités comme une attaque politique.
Cette réflexion sur la finitude n’est pas apparue ex nihilo. Ces derniers mois, Donald Trump a lui-même évoqué publiquement un élément intime de son histoire familiale, la maladie d’Alzheimer dont souffrait son père, Fred Trump, dans ses dernières années.
Selon People, le président a rappelé à plusieurs reprises que son père avait développé la maladie à un âge avancé, tout en affirmant ne présenter aucun symptôme similaire et en rejetant toute comparaison avec sa propre situation. Newsweek souligne que ces références répétées à la maladie de son père interviennent alors que l’âge de Donald Trump est devenu un sujet central du débat politique et médiatique américain, notamment à l’approche de l’élection, même si le président affirme ne présenter aucun problème de santé.
Cette évocation de l’héritage familial, sans constituer un aveu de fragilité cognitive, alimente néanmoins une narration plus large autour du temps qui passe, de la mémoire et de la trace laissée dans l’histoire — des thèmes désormais récurrents dans la communication de Trump.
Mais le contraste entre ce discours et la réalité des décisions prises alimente une interrogation centrale, un président obsédé par son héritage peut-il encore gouverner dans l’intérêt collectif ? Ou cherche-t-il avant tout à verrouiller son récit avant que l’histoire ne le fasse à sa place ?
Dans les cercles politiques comme diplomatiques, l’inquiétude ne porte plus uniquement sur ce que Trump veut laisser, mais sur ce que ses actes produisent concrètement, un affaiblissement des normes internationales, une brutalisation du langage d’État et une confusion croissante entre pouvoir personnel et intérêt national.
Cette évolution alimente, chez plusieurs observateurs politiques, l’idée qu’un président déjà tourné vers sa postérité peut être tenté de gouverner sans se soucier des coûts politiques à long terme. Une lecture analytique qui s’impose alors que les décisions prises depuis le début de l’année rompent de plus en plus avec les cadres institutionnels traditionnels.
ÉCRIT PAR : LA RÉDACTION
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