Face au durcissement réglementaire et aux tensions géopolitiques, plus de 70 % des entreprises européennes en Chine réajustent leurs stratégies de chaîne d’approvisionnement.
Par @sahbymehalla
Plus de sept entreprises européennes sur dix opérant en Chine ont engagé une révision stratégique de leurs chaînes d’approvisionnement, signe d’un basculement structurel dans la relation économique entre l’Europe et la deuxième économie mondiale. Selon un rapport récent de la Chambre de commerce de l’Union européenne en Chine, cette reconfiguration traduit une tentative de concilier impératifs commerciaux, sécurité réglementaire et résilience géopolitique.
Plus de 70 % des entreprises européennes présentes en Chine ont revu ou sont en train de revoir leurs stratégies de chaînes d’approvisionnement, un chiffre en nette hausse par rapport aux années précédentes. Le rapport souligne que les groupes européens sont de plus en plus nombreux à adopter des modèles dits « Chine + 1 », combinant maintien d’activités locales et diversification vers d’autres marchés asiatiques ou vers l’Europe afin de réduire leur exposition aux risques systémiques.
Cette évolution intervient dans un contexte marqué par le durcissement de l’environnement réglementaire chinois, notamment en matière de sécurité nationale, de contrôle des données et de politiques industrielles axées sur l’autosuffisance. Toujours selon la chambre de commerce européenne, les entreprises doivent désormais composer avec un équilibre délicat entre accès au marché chinois et conformité à des règles de plus en plus complexes, sans visibilité claire sur leur évolution à moyen terme.
Cette révision stratégique n’est pas synonyme de retrait massif. La majorité des entreprises interrogées continuent de considérer la Chine comme un marché clé, mais réévaluent la dépendance excessive à un seul pays pour leurs chaînes de valeur critiques, en particulier dans les secteurs de l’industrie, de la chimie et des technologies avancées. Cette prudence accrue reflète une prise de conscience des vulnérabilités révélées par la pandémie, les tensions commerciales et les restrictions à l’exportation.
La chambre européenne met également en garde contre un paradoxe croissant, alors que Pékin cherche à renforcer l’attractivité de son marché, les préoccupations liées à la sécurité, à la prévisibilité réglementaire et à l’accès équitable continuent d’éroder la confiance des investisseurs européens. Dans ce contexte, la révision des chaînes d’approvisionnement apparaît moins comme un choix tactique que comme une adaptation structurelle à un nouvel ordre économique mondial.
À moyen terme, cette tendance pourrait redessiner les flux commerciaux entre l’Europe et l’Asie, tout en accélérant la régionalisation des chaînes de valeur. Pour les entreprises européennes, le message est clair, rester en Chine, oui, mais sans dépendance stratégique excessive, dans un monde où la géopolitique s’invite désormais au cœur des décisions industrielles.
ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA
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