La Grèce lance une voie accélérée vers la résidence européenne pour les riches investisseurs américains

Publié le 14 février 2026 à 17:22

Investir dans une start-up pour s’ancrer en Europe, Athènes déroule une stratégie ciblée pour séduire les grandes fortunes américaines en quête de mobilité, d’innovation et de sécurité géopolitique.

Par @sahbymehalla

Les personnes éligibles peuvent investir environ 259 000 dollars dans des start-up sélectionnées inscrites au registre national des start-up du pays. Photo : Getty Images.

 

La Grèce accélère sa stratégie d’attractivité pour les grandes fortunes américaines en déployant une nouvelle version de son dispositif de résidence par investissement, un mécanisme qui, sans accorder immédiatement un passeport, ouvre une voie structurée et juridiquement balisée vers la citoyenneté européenne. Athènes cherche ainsi à capter des capitaux mobiles, des profils entrepreneuriaux et des investisseurs technologiques dans un contexte de concurrence accrue entre États pour séduire les contribuables les plus fortunés, un phénomène qui redessine la cartographie mondiale de la mobilité des élites économiques.

Selon Condé Nast Traveler, le gouvernement grec a introduit un Golden Visa orienté vers l’économie réelle, permettant l’obtention d’un permis de résidence de cinq ans en échange d’un investissement d’au moins 250 000 euros dans une start-up enregistrée sur la plateforme nationale Elevate Greece. Ce repositionnement marque une rupture avec la phase initiale du programme, historiquement dominée par l’immobilier, et s’inscrit dans une stratégie plus large visant à transformer le pays en hub régional de l’innovation et du capital-risque.

L’initiative cible explicitement les Américains à très haut patrimoine, dont la demande pour des résidences alternatives en Europe a fortement progressé ces dernières années, portée par les incertitudes politiques, fiscales et géopolitiques. Ce dispositif est perçu par de nombreux investisseurs comme une forme de diversification stratégique, combinant accès à l’espace Schengen, qualité de vie méditerranéenne et opportunités dans des secteurs en croissance tels que la fintech, le tourisme haut de gamme ou les technologies de défense.

Derrière la promesse médiatique d’une « voie rapide vers la citoyenneté », le cadre juridique reste néanmoins strict. Le programme accorde d’abord un droit de résidence renouvelable, la naturalisation n’étant envisageable qu’après plusieurs années de présence effective sur le territoire et sous réserve de critères d’intégration, notamment linguistiques et fiscaux. Cette distinction est essentielle pour comprendre la mécanique réelle du dispositif, qui fonctionne comme un accélérateur administratif vers le statut de résident plutôt que comme une délivrance immédiate d’un passeport européen.

Les Américains cherchent de plus en plus à obtenir une résidence associée à une seconde citoyenneté, perçue comme une « assurance » face à l’incertitude mondiale. Photo : Getty Images

 

Cette évolution s’inscrit dans une dynamique mondiale analysée par Barron’s, où les programmes de résidence par investissement deviennent des instruments de politique économique à part entière. Les États ne cherchent plus uniquement à attirer des acheteurs immobiliers mais des investisseurs capables de financer l’innovation, de créer des emplois et de renforcer la compétitivité nationale dans des secteurs stratégiques.

Pour la Grèce, l’enjeu est double. Il s’agit d’une part de consolider la reprise économique post-crise en injectant des capitaux étrangers dans l’écosystème entrepreneurial, et d’autre part de se positionner comme une porte d’entrée privilégiée vers l’Union européenne pour une nouvelle génération d’investisseurs internationaux. Ce virage vers l’investissement productif reflète une transformation plus large du modèle des Golden Visas en Europe, désormais soumis à une pression politique accrue et à des exigences de transparence renforcées.

Dans ce contexte, Athènes joue une carte offensive sur le marché global de la mobilité des grandes fortunes, face à la concurrence du Portugal, de l’Italie ou encore des Émirats arabes unis. L’objectif est clair, capter des profils capables de financer l’économie réelle plutôt que de spéculer sur la pierre, tout en transformant la résidence par investissement en levier d’innovation.

La manœuvre révèle une tendance structurelle, la citoyenneté et la résidence deviennent des actifs stratégiques dans une économie mondialisée où les talents et les capitaux circulent en fonction de la stabilité politique, de la fiscalité et de la qualité de vie. Pour les investisseurs américains, la Grèce apparaît désormais comme un point d’ancrage européen à forte valeur géopolitique, et pour Athènes, comme un accélérateur de croissance fondé sur l’attraction de capitaux intelligents plutôt que sur la seule consommation touristique.

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

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