Board of Peace de Trump : diplomatie spectacle, realpolitik brute et pari risqué sur l’ordre mondial

Publié le 23 janvier 2026 à 15:59

Lancé à Davos, le Board of Peace de Donald Trump divise la planète. Soutenu par des régimes autoritaires et fondé sur des logiques financières, le projet illustre une diplomatie transactionnelle qui fragilise les droits humains et accélère le basculement des équilibres mondiaux.

Par @sahbymehalla

Board of Peace de Trump : diplomatie spectacle, realpolitik brute et pari risqué sur l’ordre mondial

Le président Donald Trump s’adresse aux journalistes à bord d’Air Force One après avoir quitté le Forum économique mondial de Davos pour Washington, jeudi 22 janvier 2026. Photo : AP News / Evan Vucci

 

À Davos, Donald Trump a officialisé le lancement de son Board of Peace, présenté comme une plateforme de médiation globale. Sur le papier, l’intention paraît raisonnable. Dans les faits, la séquence ressemble davantage à une démonstration de diplomatie transactionnelle, où l’alignement politique, les promesses d’investissements et l’affichage de puissance priment sur le respect des normes internationales. Plusieurs États ont accepté de rejoindre l’initiative, tandis que de nombreux alliés occidentaux ont décliné ou temporisé, illustrant une fracture nette autour du projet.

D’après les comptes rendus de la Maison-Blanche, le Board of Peace est désormais doté d’une charte et se veut un outil permanent de résolution des conflits. Mais la composition du noyau dur interroge. Plusieurs pays participants sont régulièrement critiqués par les ONG pour leurs atteintes aux droits humains, un point documenté de longue date par Amnesty International et Human Rights Watch. Cette réalité affaiblit la crédibilité morale d’un dispositif censé incarner la paix, et renforce l’idée d’une coalition d’intérêts, plus que de valeurs.

Sur le fond, la méthode Trump est cohérente avec sa vision, la paix par le deal. Des sources diplomatiques évoquent des incitations économiques et des promesses d’investissements comme levier d’adhésion . Le message est clair, la médiation s’adosse à des flux financiers et à l’accès au marché américain. Pour ses partisans, c’est du pragmatisme. Pour ses détracteurs, c’est une marchandisation de la paix.

Cette stratégie s’inscrit aussi dans un contexte macroéconomique tendu. L’administration Trump multiplie les signaux en faveur d’une reconstitution rapide des marges budgétaires, d’une défense agressive des intérêts énergétiques et d’un maintien du rôle central du dollar. Plusieurs analystes interrogés soulignent que la diplomatie économique devient un outil de stabilisation interne autant qu’externe, au risque de déséquilibrer les alliances traditionnelles.

L’avis est tranché, le monde est entraîné vers une zone de turbulence. En privilégiant des partenaires peu regardants sur les libertés fondamentales et en conditionnant la paix à des contreparties économiques, Washington normalise une realpolitik sans garde-fous. À court terme, cela peut produire des accords. À moyen terme, cela érosionne l’ordre multilatéral, marginalise les normes et accélère la bascule des équilibres globaux.

Premièrement, conditionner toute médiation à des engagements vérifiables en matière de droits humains, avec des mécanismes de suivi indépendants. Deuxièmement, réintégrer les cadres multilatéraux (ONU, OSCE) pour éviter la personnalisation excessive des processus. Troisièmement, séparer strictement incitations économiques et arbitrage diplomatique afin de restaurer la confiance. Enfin, associer les alliés démocratiques à la gouvernance du dispositif pour en rééquilibrer la légitimité.

La conclusion est limpide, les balances de pouvoir sont en train de basculer. Le Board of Peace peut être un outil — ou un accélérateur du chaos — selon les garde-fous qui l’encadreront. À ce stade, le risque domine. Et le monde observe, lucide, une paix négociée au prix fort.

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

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