Menaces contre l’eau, droit international fragilisé, stratégie de pression maximale… La guerre en Iran révèle une doctrine brutale qui pourrait redéfinir les règles du conflit moderne.
Donald Trump. Photo par Al Drago/Getty Images
ÉTATS-UNIS — L’administration de Donald Trump semble désormais assumer une approche militaire décomplexée, marquée par une remise en cause explicite des normes qui encadrent traditionnellement les conflits armés.
En menaçant de cibler les infrastructures d’eau en Iran, notamment les installations de dessalement, le président américain franchit un seuil inédit dans l’escalade rhétorique et stratégique.
Derrière cette posture, un tournant doctrinal se dessine, selon plusieurs responsables américains, l’objectif serait d’intensifier la pression sur Téhéran afin de forcer une issue négociée, mais cette stratégie, fondée sur la coercition maximale, interroge directement le respect du droit international humanitaire, qui interdit strictement les attaques contre les infrastructures indispensables à la survie des civils, notamment l’accès à l’eau potable.
Le conflit avec l’Iran devient ainsi un laboratoire grandeur nature de la vision de Trump d’une guerre « débarrassée du politiquement correct ».
Depuis le début de son mandat, son administration a validé des opérations controversées, incluant des assassinats ciblés de dirigeants politiques et des frappes ayant causé des pertes civiles massives, comme celle sur une école primaire qui a fait plus de 160 morts, majoritairement des jeunes filles.
Dans ce contexte, les déclarations du secrétaire à la Défense Pete Hegseth illustrent une ligne dure assumée.
L’ancien présentateur de Fox News, désormais à la tête du Pentagone, a publiquement défendu l’idée que les soldats américains ne devraient plus être contraints par des règles « écrites il y a 80 ans ».
Une position en rupture directe avec les Conventions de Genève, pilier du droit de la guerre depuis la Seconde Guerre mondiale.
Cette orientation se traduit également par des décisions structurelles, l’administration a démantelé des mécanismes internes visant à limiter les dommages collatéraux, notamment un programme du Pentagone dédié à la protection des civils.
Elle a aussi écarté plusieurs juristes militaires de haut rang, considérés comme des obstacles potentiels aux décisions opérationnelles du commandement.
Sur le terrain, la guerre entre les États-Unis et l’Iran, entrée dans son deuxième mois, s’intensifie, Washington évoque désormais la possibilité de frapper des infrastructures stratégiques majeures, telles que les centrales électriques et les installations pétrolières, voire les systèmes de dessalement dont dépend fortement la population iranienne dans un contexte de stress hydrique aigu.
Officiellement, la Maison-Blanche affirme que toutes les opérations restent conformes au droit, mais dans les faits, la frontière entre pression militaire et violation des normes internationales semble de plus en plus floue.
Les représailles contre des cibles civiles, assimilées à des punitions collectives, sont pourtant explicitement prohibées par les Conventions de Genève.
Au-delà du théâtre iranien, cette doctrine du « rapport de force absolu » s’étend à d’autres zones d’intervention, depuis 2025, les États-Unis ont mené des frappes meurtrières contre des embarcations soupçonnées de trafic de drogue, avec peu de preuves rendues publiques pour justifier ces opérations.
Enfin, l’hostilité de l’administration Trump envers les mécanismes internationaux de justice s’est matérialisée par des sanctions contre des responsables de la Cour pénale internationale, après l’ouverture d’enquêtes visant des ressortissants américains et israéliens.
Une transformation profonde de la doctrine militaire américaine est à l’œuvre, entre efficacité stratégique revendiquée et dérive juridique dénoncée, la guerre en Iran pourrait redéfinir durablement les lignes rouges du conflit moderne.
ÉCRIT PAR SAHBY MEHALLA
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