Thaïlande achète son premier sous-marin auprès de la Chine — un tournant stratégique en Asie du Sud-Est

Publié le 15 janvier 2026 à 19:19

Bangkok confirme l’achat de son premier sous-marin moderne, construit en Chine, marquant un tournant stratégique pour la marine thaïlandaise et illustrant l’équilibrisme régional face à la montée en puissance navale de Pékin en Indo-Pacifique.

Par @sahbymehalla

Thaïlande achète son premier sous-marin auprès de la Chine — un tournant stratégique en Asie du Sud-Est

Le S26T exposé dans l’auditorium de la Royal Thai Navy en août 2017 (photo : Apichart Jinakul).

 

Dans une décision qui résonne bien au-delà des eaux territoriales de l’Asie du Sud-Est, la Thaïlande, alliée historique des États-Unis, avance vers la livraison de son premier sous-marin moderne construit en Chine, une démarche perçue comme un signal fort dans le jeu d’influence croissant entre Pékin et Washington dans la région Indo-Pacifique.

Après des années d’incertitudes et de négociations techniques, la China State Shipbuilding Corporation (CSSC) a confirmé a Janes que la construction du sous-marin de type S26T — version export du sous-marin chinois Type 039A — progresse et devrait être livrée à la Royal Thai Navy (RTN) d’ici 2028. Ce sous-marin diesel-électrique représente une étape importante pour une marine qui n’a plus opéré ce type d’équipement depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le contrat initial avait été signé il y a plusieurs années mais des retards considérables avaient ralenti le projet, notamment en raison de l’impossibilité d’obtenir des moteurs allemands traditionnels pour équiper le navire. Face à ces obstacles, le gouvernement thaïlandais a finalement accepté une solution de motorisation chinoise, ouvrant la voie à la reprise du chantier et à son avancement après une période d’incertitude prolongée.

Selon NTI un site web spécialisés en défense, le remplacement des moteurs étrangers par des alternatives chinoises a été validé par Bangkok en août 2025, permettant ainsi de relancer le projet longtemps bloqué et de poser les bases d’une coopération plus soutenue dans le domaine militaire avec Pékin.

Ce développement intervient dans un contexte géostratégique tendu. La Thaïlande est traditionnellement considérée comme un allié majeur non membre de l’OTAN et l’un des partenaires les plus anciens des États-Unis en Asie. Pourtant, son virage vers un fournisseur d’armement chinois symbolise une stratégie d’équilibrisme consciente, que certains analystes qualifient de « stratégie de couverture ». » — c’est-à-dire une politique de diversification des partenariats sans rupture des liens existants.

D’après Defense News, les relations entre Bangkok et Washington ont été soumises à des pressions accrues liées à la compétition stratégique entre les États-Unis et la Chine pour l’accès aux infrastructures militaires régionales. Dans ce contexte, la décision d’acheter un sous-marin chinois est interprétée comme un message pragmatique et calculé, reflétant l’imbrication des intérêts stratégiques thaïlandais dans la région.

Sur le plan militaire, ce sous-marin S26T ne bouleverse pas immédiatement l’équilibre des forces dans l’Indo-Pacifique. Il s’agit d’un sous-marin diesel-électrique conventionnel, avec des capacités limitées par rapport aux flottes nucléaires ou à propulsion indépendante de l’air (AIP). Toutefois, il confère à Bangkok une capacité sous-marine tangible pour la première fois depuis près de 80 ans, renforçant sa présence maritime dans une région stratégique pour le commerce et la sécurité maritime.

L’acquisition s’inscrit aussi dans une dynamique plus large de diversification des sources d’armement, la Thaïlande ayant déjà intensifié ses achats militaires auprès de constructeurs chinois ces dernières années, tout en maintenant une coopération avec les États-Unis sur d’autres volets de sa défense.

À quoi s’attendre pour les prochaines années ?

Alors que la livraison du sous-marin est prévue pour fin 2028, ce dossier illustre une tendance plus vaste, les nations d’Asie du Sud-Est cherchent de plus en plus à négocier leur autonomie stratégique au milieu d’un jeu d’influence sino-américain de plus en plus affirmé. Dans un contexte où Pékin développe sa propre capacité d’exportation d’armement naval avec succès — y compris vers des partenaires historiques des États-Unis —, cette transaction pourrait bien être un prélude à d’autres accords similaires, remodelant progressivement le paysage de la sécurité régionale. 

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

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