Derrière l’urgence américaine pour un accord en Ukraine, Zelenskyy décrypte une bataille de calendrier électoral et avance ses propres lignes rouges pour éviter une paix précipitée aux conséquences géopolitiques durables.
Par @sahbymehalla
Le président américain Donald Trump accueille le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy dans son club de Mar-a-Lago, le 28 décembre 2025, à Palm Beach, en Floride. Photo : AP News
L’empressement affiché par Donald Trump pour parvenir à un accord de paix en Ukraine ne relève pas uniquement de la diplomatie internationale. C’est la lecture stratégique proposée par Volodymyr Zelenskyy, qui y voit avant tout un impératif politique américain, dans un contexte où la Maison-Blanche cherche à engranger un succès majeur sur la scène mondiale avant les prochaines échéances électorales. Selon des déclarations rapportées par The Guardian, le président ukrainien estime que le calendrier imposé par Washington – avec l’objectif d’un accord d’ici le début de l’été – traduit une volonté d’obtenir un résultat rapide plutôt qu’un règlement durable du conflit.
Cette pression diplomatique s’inscrit dans une séquence où les États-Unis ont intensifié leur médiation entre Kyiv et Moscou. De nouveaux cycles de négociations doivent se tenir sous parrainage américain, alors même que les combats se poursuivent sur le terrain, illustrant le décalage entre le tempo militaire et l’agenda politique.
Face à cette accélération, Zelenskyy adopte une ligne d’équilibriste. Le président ukrainien affirme soutenir les initiatives de paix portées par Washington, tout en rappelant qu’aucun accord ne pourra être imposé à son pays. Kyiv se dit prêt à envisager des mécanismes politiques – y compris des consultations électorales après un cessez-le-feu – à condition que la souveraineté ukrainienne et des garanties de sécurité solides soient inscrites noir sur blanc.
Cette ouverture calculée vise à maintenir le soutien américain sans céder sur les lignes rouges territoriales et militaires. La question des régions occupées et celle des garanties de défense restent les principaux points de blocage, alors que la Russie poursuit ses frappes et que la ligne de front demeure active.
En filigrane, la séquence actuelle révèle une transformation du rapport de force. Le facteur temps est devenu une variable stratégique à part entière. Washington cherche un résultat diplomatique rapide, Kyiv tente de sécuriser un accord viable sur le long terme, tandis que Moscou exploite la situation militaire pour peser sur les négociations. Cette divergence de temporalités explique la prudence de Zelenskyy, qui refuse l’idée d’un « mauvais accord » soumis à la pression extérieure.
Sur le plan géopolitique, l’enjeu dépasse la seule Ukraine. Un accord précipité offrirait à Donald Trump une victoire politique immédiate sur la scène intérieure et internationale, mais il pourrait aussi redessiner l’architecture de sécurité européenne pour la décennie à venir. À l’inverse, un processus plus lent mais structuré renforcerait la crédibilité des garanties occidentales, au prix d’un coût politique plus élevé à court terme.
Dans cette partie d’échecs diplomatique, Zelenskyy envoie donc un double message. Oui à la négociation, mais pas à n’importe quel prix. Oui à un calendrier, mais pas à une paix dictée par les impératifs électoraux d’une autre puissance. Une posture qui confirme que la bataille se joue désormais autant dans les capitales que sur le front.
ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA
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