Ukraine, l’Europe supplante les États-Unis et s’impose comme acteur clé des négociations

Publié le 19 février 2026 à 13:11

Face au retrait américain, les Européens deviennent le moteur du soutien à Kyiv et réclament un rôle décisif dans les négociations de paix, révélant une bascule historique de l’équilibre transatlantique.

Par @sahbymehalla

Ukraine, l’Europe supplante les États-Unis et s’impose comme acteur clé des négociations

Quatre ans après l’invasion russe, l’équilibre du soutien occidental à Kyiv a basculé. L’Europe s’impose désormais, discrètement mais nettement, comme le principal pilier de la survie économique et militaire de l’Ukraine, prenant le relais des États-Unis.

Selon les données de l’Institut de Kiel, les gouvernements et institutions européens ont fortement augmenté leur engagement en 2025, avec une hausse de 67 % de l’aide militaire et de 59 % du soutien financier et humanitaire. Dans le même temps, l’assistance américaine s’est quasiment interrompue, l’administration Trump ayant contraint les alliés de l’OTAN à financer eux-mêmes l’effort de défense ukrainien tout en achetant des armements américains.

Depuis des années, Donald Trump et ses alliés martèlent que le coût de la plus grande guerre terrestre en Europe depuis 1945 devait être assumé avant tout par les Européens. En 2025, ces derniers ont répondu à cette injonction, changeant de facto la hiérarchie des puissances impliquées dans le conflit.

Ce basculement nourrit désormais une revendication politique, celle d’obtenir une place centrale à la table des négociations. Les émissaires américains ont passé des mois à faire pression sur Moscou et Kyiv pour arracher un accord, mais les capitales européennes estiment que leur poids financier et militaire leur donne un droit de regard sur l’issue du conflit.

Lors de la conférence de Munich sur la sécurité, le ministre polonais des Affaires étrangères, Radek Sikorski, a résumé cette nouvelle posture en soulignant que l’Europe « dépense de l’argent réel » pendant que les États-Unis « gagnent de l’argent avec cette guerre », une situation qui, selon lui, légitime l’influence européenne sur les arrangements futurs.

Le chancelier allemand Friedrich Merz a adopté une ligne similaire, affirmant que l’Union européenne — et Berlin en particulier — était devenue depuis plus d’un an le principal soutien militaire de Kyiv. En 2025, année où l’aide européenne a dépassé celle de Washington, les forces russes auraient subi environ 415 000 pertes, d’après des estimations du Centre d’études stratégiques et internationales. « Nous avons infligé à Moscou des coûts sans précédent », a-t-il déclaré, estimant qu’un éventuel accord de paix serait en partie le résultat de cet effort.

Malgré ce tournant, les capacités américaines restent irremplaçables dans des domaines clés, renseignement, architecture des sanctions et ventes d’armes. La Maison-Blanche n’a d’ailleurs montré qu’un intérêt limité pour intégrer officiellement l’Europe comme partenaire de négociation, certains responsables considérant les positions européennes les plus dures comme un frein à une paix rapide.

Au cours de l’année écoulée, des membres de l’administration Trump ont accusé plusieurs capitales européennes de prolonger la guerre en encourageant Kyiv à attendre un accord « plus favorable », tout en continuant à importer de l’énergie russe.

Pour les Européens, le premier séisme stratégique de la décennie a été l’invasion russe de l’Ukraine. Le second porte un nom, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.

Les pressions exercées sur les alliés, ainsi que des propositions comme la prise de contrôle du Groenland, ont provoqué une crise de confiance au sein de l’OTAN, évoquée à Davos comme une « fracture » de l’ordre international d’après-guerre.

À Munich, le secrétaire d’État Marco Rubio a tenté d’apaiser les tensions en rappelant que les États-Unis et l’Europe « appartiennent au même camp ». Mais, dans les faits, la transformation est profonde.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a décrit l’Europe comme un « géant endormi » dont le poids économique et militaire dépasse largement celui de la Russie — à condition d’agir de manière coordonnée. Friedrich Merz a, lui, ironisé sur un continent « revenu de longues vacances hors de l’histoire », désormais engagé sur la voie d’une maturité stratégique.

Le dossier ukrainien révèle ainsi un déplacement structurel de la puissance et des responsabilités au sein du camp occidental. L’Europe, longtemps dépendante du parapluie américain, s’affirme progressivement comme un acteur stratégique autonome — une évolution appelée à redéfinir durablement l’équilibre transatlantique.

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

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