OpenAI avait envisagé d’alerter la police canadienne avant la fusillade scolaire

Publié le 21 février 2026 à 16:42

Repéré des mois avant la tuerie, le compte du tireur n’avait pas franchi le seuil d’alerte. Enquête, responsabilités et zones grises de l’IA au cœur d’un drame qui secoue le Canada.

Par @sahbymehalla

Le logo d’OpenAI affiché sur un téléphone mobile devant un écran d’ordinateur montrant une réponse de ChatGPT, le 21 mars 2023, à Boston. Photo : AP/Michael Dwyer.

 

L’entreprise américaine OpenAI, à l’origine de ChatGPT, a reconnu avoir envisagé en 2025 de signaler aux autorités canadiennes l’activité en ligne d’un utilisateur qui allait, plusieurs mois plus tard, commettre l’une des pires fusillades scolaires de l’histoire récente du pays. Le compte de Jesse Van Rootselaar avait été repéré dès juin dernier par les systèmes internes de détection d’abus pour « soutien à des activités violentes ».

Le groupe technologique basé à San Francisco explique avoir étudié la possibilité de transmettre ces informations à la Gendarmerie royale du Canada (GRC), avant de renoncer, estimant que le seuil requis — un risque crédible et imminent de violences graves — n’était pas atteint. Le compte avait néanmoins été suspendu pour violation des règles d’utilisation de la plateforme.

L’attaque s’est produite la semaine dernière dans une zone isolée de la Colombie-Britannique. Âgé de 18 ans, le tireur a tué huit personnes avant de mettre fin à ses jours avec une arme à feu. Après avoir pris connaissance du drame, les équipes d’OpenAI ont finalement contacté la police fédérale et transmis les éléments dont elles disposaient sur l’usage de ChatGPT par le suspect. « Nos pensées accompagnent toutes les personnes touchées par la tragédie de Tumbler Ridge. Nous avons proactivement communiqué ces informations aux enquêteurs et continuerons de soutenir leurs travaux », a indiqué un porte-parole de l’entreprise.

La GRC a confirmé avoir été approchée par la société après la fusillade. Dans un communiqué, l’état-major précise qu’un « examen approfondi des contenus numériques, des réseaux sociaux et des activités en ligne » est en cours, avec collecte et analyse méthodique des preuves. Les enquêteurs indiquent que l’assaillant a d’abord tué sa mère et son demi-frère au domicile familial avant de viser l’école voisine. Il avait déjà eu des contacts avec la police pour des questions de santé mentale. Le mobile reste indéterminé.

La petite ville de Tumbler Ridge, environ 2 700 habitants, se situe à plus de 1 000 kilomètres au nord-est de Vancouver, près de la frontière avec l’Alberta. Parmi les victimes figurent une aide-enseignante de 39 ans et cinq élèves âgés de 12 à 13 ans. Cette attaque constitue la fusillade la plus meurtrière au Canada depuis 2020.

Cette séquence relance le débat sur la responsabilité des plateformes d’intelligence artificielle face aux signaux faibles de violence et sur la définition du seuil d’alerte aux forces de l’ordre. Elle illustre aussi les limites actuelles des dispositifs de prévention, pris entre protection de la vie privée, analyse algorithmique et anticipation du passage à l’acte.

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

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