La maison natale d’Adolf Hitler en Autriche bientôt transformée en commissariat de police

Publié le 21 février 2026 à 18:13

L’Autriche transforme un lieu chargé d’histoire en symbole sécuritaire pour empêcher tout pèlerinage néonazi. Entre devoir de mémoire, choix politique et polémique nationale, ce chantier relance le débat sur la gestion du passé nazi.

Par @sahbymehalla

La maison natale d’Adolf Hitler en Autriche bientôt transformée en commissariat de police

Des échafaudages entourent l’arrière de la maison où est né Adolf Hitler, transformée en commissariat de police (AFP).

 

Construit au XVIIᵉ siècle, l’édifice situé dans une rue commerçante de Braunau am Inn, près de la frontière allemande, est le lieu de naissance du dictateur le 20 avril 1889. Entamés en 2023, les travaux de transformation entrent désormais dans leur phase finale. Les échafaudages entourent encore l’arrière du bâtiment, les encadrements des fenêtres sont en cours d’installation et l’ancienne façade jaune cède la place à un revêtement contemporain. Selon le ministère autrichien de l’Intérieur, l’achèvement du chantier est attendu pour la fin mars, avec une mise en service du commissariat prévue au deuxième trimestre de l’année.

À travers ce projet, Vienne espère tourner une page particulièrement sensible de son histoire. Le pays est régulièrement accusé de ne pas avoir pleinement assumé son passé nazi, dans un contexte politique marqué par la progression électorale de l’extrême droite, fondée après-guerre par d’anciens nazis et arrivée en tête des législatives de 2024 sans toutefois parvenir à former un gouvernement.

Propriété de la même famille depuis 1912, la maison était louée à l’État autrichien depuis 1972 et avait été utilisée comme centre pour personnes en situation de handicap — une catégorie particulièrement persécutée sous le régime nazi. Malgré cette affectation, elle restait un lieu de pèlerinage pour des sympathisants néonazis. Sa dernière propriétaire, Gerlinde Pommer, s’est opposée durant des années à son expropriation, contraignant l’État à adopter une loi spécifique en 2016. En 2019, la Cour constitutionnelle a validé l’acquisition du bâtiment pour 810 000 euros, alors que la propriétaire en réclamait 1,5 million. L’immeuble, d’une superficie de 800 m² répartis sur deux étages, a ensuite fait l’objet de nombreuses propositions de reconversion.

L’option d’un mémorial a été écartée sur recommandation d’une commission d’experts afin d’éviter que le site ne devienne un sanctuaire pour les néonazis. Sa démolition n’a pas non plus été retenue, les historiens estimant que l’Autriche devait affronter son passé plutôt que l’effacer. Le choix d’un commissariat de police vise ainsi à affirmer clairement qu’aucune glorification du nazisme ne sera tolérée sur les lieux.

Cette orientation est néanmoins loin de faire l’unanimité. Pour certains habitants, la reconversion constitue une solution pragmatique mais porteuse d’ambiguïtés. D’autres, comme l’écrivain Ludwig Laher, membre d’une association de survivants des camps de concentration, jugent le projet problématique en raison du rôle de la police dans tout système politique et plaident pour la création d’un centre dédié à la promotion de la paix.

À mesure que l’ouverture approche, le bâtiment reste au cœur d’un débat qui dépasse sa seule fonction administrative. Il cristallise une question toujours sensible en Autriche, celle de la gestion de la mémoire et de la responsabilité historique face aux crimes du nazisme.

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.