Essai secret présumé, nouvelles armes tactiques et rivalité stratégique avec les États-Unis, les révélations sur la modernisation nucléaire de Pékin rebattent les cartes de l’équilibre mondial. Analyse d’un basculement qui pourrait redéfinir la dissuasion au XXIᵉ siècle.
Par @sahbymehalla
Photo aérienne publiée par CNN et présentée comme montrant une installation dédiée à la manipulation d’armes nucléaires sur le site d’essais de Lop Nur, en Chine, prise à la fin de l’année 2025 (CNN).
Les agences de renseignement américaines estiment que Pékin accélère le développement d’une nouvelle génération d’armes nucléaires, avec pour objectif de transformer en profondeur son arsenal et d’en faire, à terme, le plus avancé technologiquement au monde. C’est ce que révèle un rapport exclusif de CNN, fondé sur des sources multiples ayant eu accès aux évaluations confidentielles américaines. Cette analyse alimente un débat croissant au sein de la communauté du renseignement sur l’ampleur réelle d’un éventuel changement de doctrine nucléaire chinoise.
Selon ces informations, la Chine aurait procédé en juin 2020 à un essai nucléaire explosif secret sur le site de Lop Nur, dans le nord-ouest du pays, malgré le moratoire qu’elle observe officiellement depuis 1996. L’existence de ce test n’a été rendue publique que récemment par des responsables du département d’État américain, sans que sa finalité ne soit alors précisée. Les éléments recueillis lors d’une réévaluation ultérieure ont conduit les autorités américaines à conclure que l’essai s’inscrivait dans une stratégie visant à mettre au point des armes nucléaires de nouvelle génération, notamment des systèmes capables de transporter plusieurs têtes nucléaires miniaturisées à partir d’un seul missile.
Les sources citées évoquent également des travaux sur des armes nucléaires tactiques de faible puissance, une capacité que la Chine ne possédait pas jusqu’ici. De telles armes pourraient être utilisées contre des cibles proches du territoire chinois, notamment dans l’hypothèse d’un scénario impliquant Taïwan et une intervention américaine en soutien à l’île.
Cette modernisation rapide rapprocherait Pékin du statut de rival stratégique de la Russie et des États-Unis. Bien que son stock de têtes nucléaires demeure nettement inférieur à celui des deux principales puissances nucléaires mondiales, la Chine est aujourd’hui le pays qui accroît son arsenal au rythme le plus soutenu. Les responsables américains affirment par ailleurs que l’expansion de ses infrastructures nucléaires observée ces dernières années constitue un indice supplémentaire de cette montée en puissance technologique.
Interrogée sur ces accusations, l’ambassade de Chine à Washington rejette catégoriquement l’analyse américaine. Son porte-parole, Liu Pengyu, accuse les États-Unis de « déformer la politique nucléaire chinoise » et dénonce « une manœuvre politique destinée à maintenir une hégémonie nucléaire et à se soustraire à leurs propres obligations en matière de désarmement ». Pékin affirme que les allégations d’essai nucléaire sont « dénuées de fondement » et s’oppose à toute tentative américaine de relancer ses propres tests.
Dans ses précédentes évaluations, le Pentagone avait déjà averti que l’expansion qualitative et quantitative de l’arsenal chinois pourrait offrir à Pékin de nouvelles options en période de crise, y compris l’usage coercitif de l’arme nucléaire face aux alliés des États-Unis dans la région. Un rapport de la Defense Intelligence Agency publié en 2024 indiquait que la modernisation nucléaire chinoise était explicitement pensée en fonction de la rivalité stratégique avec Washington.
Les services de renseignement américains estiment désormais que l’armée de l’air chinoise connaît la modernisation nucléaire la plus rapide et la plus vaste de son histoire, portée par la volonté de soutenir une compétition stratégique durable avec les États-Unis et de concrétiser des concepts doctrinaux élaborés depuis plusieurs décennies.
Officiellement, la Chine continue de présenter ses capacités nucléaires comme un outil de dissuasion et d’autodéfense. Pékin a longtemps défendu une doctrine de non-emploi en premier de l’arme nucléaire. Toutefois, l’absence de référence explicite à cet engagement dans une proposition chinoise sur la gouvernance mondiale publiée en 2023 a alimenté les spéculations sur une possible évolution de sa posture stratégique.
Dans un contexte de rivalité sino-américaine de plus en plus structurante pour l’équilibre international, la question nucléaire s’impose ainsi comme l’un des dossiers les plus sensibles pour la sécurité mondiale. La modernisation de l’arsenal chinois, qu’elle relève d’une logique de dissuasion classique ou d’une ambition de parité stratégique, est désormais au cœur des préoccupations de Washington et de ses alliés.
ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA
Ajouter un commentaire
Commentaires