La décision de la Cour suprême bouleverse l’équilibre commercial entre Washington et Pékin

Publié le 22 février 2026 à 07:56

La décision historique qui bloque les droits de douane de Trump redistribue les cartes entre Washington et Pékin, fragilise la trêve commerciale et ouvre une séquence décisive avant le sommet Trump-Xi. Une bataille juridique devenue choc géopolitique mondial.

Par @sahbymehalla

La décision de la Cour suprême bouleverse l’équilibre commercial entre Washington et Pékin

GTs | Crédits : Rawf8 – Adobe Stock

 

La décision de la Cour suprême américaine d’invalider les droits de douane massifs imposés par Donald Trump rebat les cartes dans la relation déjà fragile entre Washington et Pékin, ouvrant une nouvelle phase d’incertitude stratégique pour le commerce mondial.

À première vue, le jugement rendu vendredi semble offrir un avantage diplomatique à la Chine. Mais les analystes anticipent une réaction mesurée de Pékin, consciente que l’administration Trump dispose encore de plusieurs leviers juridiques pour réintroduire des taxes à l’importation. Dans ce contexte mouvant, les deux puissances cherchent à préserver la trêve commerciale conclue après des mois d’escalade, à quelques semaines d’un sommet très attendu entre Donald Trump et Xi Jinping.

Selon Sun Yun, directrice du programme Chine au Stimson Center à Washington, cette décision constitue surtout un atout symbolique pour Pékin dans les négociations à venir, sans garantir de changement concret sur le terrain. La Chine se prépare à l’hypothèse où la situation resterait, dans les faits, inchangée.

Furieux après ce revers judiciaire, Donald Trump a immédiatement annoncé l’instauration d’un tarif mondial temporaire de 10 %, qu’il prévoit de porter à 15 %, tout en explorant d’autres bases légales pour taxer les importations. Le président américain continue de justifier sa politique commerciale en désignant la Chine comme le principal défi à la domination économique, technologique et militaire des États-Unis. « La Chine avait des excédents de centaines de milliards de dollars avec nous. Nous avons reconstruit leur armée en laissant faire cela », a-t-il déclaré devant la presse, tout en affirmant entretenir une « très bonne relation » avec Xi Jinping.

La Maison-Blanche a confirmé que le président américain se rendra en Chine du 31 mars au 2 avril pour rencontrer son homologue chinois, une visite perçue comme un test majeur pour la stabilité de la trêve commerciale.

À Pékin, la stratégie devrait rester prudente. Xi Jinping ne devrait pas exploiter publiquement la décision de la Cour suprême, préférant consolider sa relation personnelle avec Donald Trump, estime Ali Wyne, conseiller au sein de l’International Crisis Group. Une approche qui pourrait favoriser le maintien de la désescalade commerciale et, potentiellement, ouvrir la voie à des concessions américaines sur les questions de sécurité en Asie.

Interrogé sur les conséquences du jugement, le porte-parole de l’ambassade de Chine à Washington, Liu Pengyu, a rappelé que les guerres commerciales « ne servent les intérêts d’aucun des deux pays », appelant à davantage de stabilité pour la coopération économique bilatérale et pour l’économie mondiale.

L’onde de choc dépasse toutefois le face-à-face sino-américain. Plusieurs partenaires commerciaux des États-Unis, notamment en Asie, s’interrogent sur la solidité des accords conclus pour amortir l’impact initial des droits de douane. Dan Kritenbrink, ancien haut responsable du département d’État pour l’Asie de l’Est et le Pacifique, anticipe une phase d’attentisme, les capitales régionales cherchant à mesurer les implications juridiques et politiques de la décision. Le Japon, allié clé de Washington, sera particulièrement observé avant la visite prévue en mars de la Première ministre Sanae Takaichi à la Maison-Blanche.

Malgré le revers judiciaire, l’exécutif américain conserve plusieurs options. L’administration Trump pourrait notamment s’appuyer sur une enquête en cours du bureau du représentant américain au commerce sur le respect par la Chine d’un précédent accord commercial. En cas de non-conformité, la législation américaine autorise l’imposition de nouveaux droits de douane.

Pour Wendy Cutler, vice-présidente de l’Asia Society Policy Institute, un « plan B » pourrait être rapidement déployé. De son côté, le représentant démocrate Ro Khanna appelle à une stratégie plus coordonnée avec les alliés des États-Unis afin de contraindre Pékin à modifier ses pratiques commerciales jugées déloyales.

Les marchés et les chancelleries savent toutefois que Donald Trump a déjà démontré sa capacité à mobiliser d’autres instruments juridiques pour imposer des tarifs douaniers, y compris lors de son premier mandat. Pékin part donc du principe que ces taxes pourraient être maintenues ou rétablies sans difficulté majeure. Dans le même temps, les autorités chinoises espèrent toujours obtenir une réduction des droits de douane en échange d’engagements d’achat ou d’autres concessions économiques.

Dans cette séquence à haute intensité géopolitique, la décision de la Cour suprême ne met pas fin à la confrontation commerciale entre les deux premières puissances mondiales. Elle en redéfinit les règles, à l’approche d’un sommet qui pourrait déterminer l’équilibre économique et stratégique des prochains mois.

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

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