Face à la flambée mondiale du pétrole provoquée par la guerre avec l’Iran, l’administration de Donald Trump mobilise les réserves stratégiques américaines pour freiner la hausse des prix à la pompe et stabiliser les marchés énergétiques mondiaux.
Par Sahby Mehalla
AP Photo/Alex Brandon
Le président américain Donald Trump s’apprête à mobiliser les réserves stratégiques de pétrole des États-Unis afin de contenir la hausse des prix de l’essence provoquée par la guerre contre l’Iran.
Selon les autorités américaines, l’objectif est d’atténuer l’impact économique pour les consommateurs et d’éviter une pression politique supplémentaire à l’approche des élections de mi-mandat de 2026.
Le secrétaire américain à l’Énergie Chris Wright a annoncé mercredi que l’Agence internationale de l’énergie avait accepté à l’unanimité la demande de Washington de coordonner une libération massive de pétrole provenant des réserves stratégiques mondiales, l’opération pourrait concerner 400 millions de barils de pétrole et de produits raffinés, destinés à stabiliser les marchés énergétiques.
Cette décision intervient alors que les automobilistes américains constatent déjà une forte hausse du prix de l’essence. Pour les responsables républicains, limiter cette inflation énergétique devient crucial dans un contexte politique sensible.
Malgré l’annonce de cette coordination internationale, les marchés pétroliers ont continué de s’envoler, le baril de Brent, référence mondiale, a grimpé de plus de 8 % pour dépasser les 100 dollars, un seuil psychologique qui n’avait plus été franchi depuis 2022.
Dans le détail, Donald Trump a autorisé le département de l’Énergie à libérer 172 millions de barils provenant de la réserve pétrolière stratégique des États-Unis, le déploiement devrait commencer dès la semaine prochaine et s’étaler sur environ 120 jours.
Selon Chris Wright, l’administration américaine prévoit également de reconstituer les stocks à hauteur d’environ 200 millions de barils dans l’année, soit 20 % de plus que le volume qui sera libéré, et ce « sans coût pour le contribuable ».
Cette stratégie intervient toutefois dans un contexte délicat, les réserves stratégiques américaines se situent actuellement près de leur plus bas niveau depuis plusieurs décennies, avec environ 415 millions de barils encore stockés au 6 mars, selon le département de l’Énergie.
Converti en carburant, ce volume pourrait alimenter près de 630 millions de voitures. Le plan de Donald Trump représente ainsi 41,4 % du stock actuel.
Lors d’un déplacement dans l’Ohio et le Kentucky, le président américain a défendu cette approche, affirmant que la libération de pétrole permettra de faire redescendre les prix avant de reconstituer les réserves.
« Nous allons faire cela, puis nous remplirons à nouveau les réserves. Je l’ai déjà fait une fois, je le ferai encore », a déclaré Donald Trump.
La crise énergétique s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques majeures. Le 8 mars, les prix du pétrole ont franchi la barre des trois chiffres pour la première fois depuis 2022, bouleversant l’équilibre du marché mondial.
Selon les estimations du cabinet Rapidan Energy Group, près de 20 % de l’approvisionnement pétrolier mondial aurait été perturbé au cours des neuf premiers jours du conflit avec l’Iran, soit plus du double du précédent record observé lors de la crise de Suez de 1956-1957, qui avait affecté un peu moins de 10 % de l’offre mondiale.
Aux États-Unis, le prix moyen de l’essence atteignait 3,578 dollars par gallon mercredi, d’après les données de l’association automobile AAA.
La Maison-Blanche estime toutefois que les conséquences économiques du conflit resteront temporaires. L’administration Trump envisage notamment d’escorter les pétroliers avec la marine américaine dans le détroit d’Ormuz, zone stratégique aujourd’hui fortement perturbée par la guerre.
Par ailleurs, Société américaine de financement du développement international propose désormais des assurances pour les navires traversant cette région, même si l’efficacité réelle de ces mesures reste incertaine.
Créée pour amortir les chocs énergétiques liés aux crises internationales, aux catastrophes naturelles ou aux perturbations du marché, La réserve stratégique de pétrole constitue l’un des principaux instruments de stabilisation du marché pétrolier.
Les présidents américains y ont régulièrement recours pour calmer les tensions sur les prix de l’énergie, en 2022, l’ancien président Joe Biden avait vendu plus de 40 % des réserves afin de freiner l’envolée des prix après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, une décision vivement critiquée par les républicains qui estimaient qu’elle affaiblissait la sécurité énergétique du pays.
En 2024, les États-Unis ont toutefois racheté ou récupéré environ 200 millions de barils, soit 20 millions de plus que les volumes précédemment vendus, selon le département de l’Énergie.
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