Guerre contre l’Iran, le « Conseil de paix » de Trump pour Gaza relégué au second plan

Publié le 13 mars 2026 à 11:16

La guerre contre l’Iran bouleverse les priorités diplomatiques. Le « Conseil de paix » de Donald Trump pour Gaza, pourtant soutenu par 24 pays et 16 milliards de dollars, vacille déjà. Enquête sur un projet fragilisé par la géopolitique.

Par Sahby Mehalla

Guerre contre l’Iran, le « Conseil de paix » de Trump pour Gaza relégué au second plan

Le « Conseil de paix » de Trump fait face à une autre controverse, liée à l’instauration d’un droit d’adhésion d’un milliard de dollars. | Michael Kappeler / picture alliance via Getty Images.

 

Lorsque les premières frappes ont visé le territoire iranien, le « Conseil de paix » imaginé par Donald Trump pour Gaza est passé en quelques jours du statut de projet international majeur à celui d’initiative reléguée en marge de l’agenda diplomatique.

La guerre contre l’Iran a en effet capté l’essentiel de l’attention américaine et régionale, reléguant la reconstruction de Gaza à l’arrière-plan.

Lancée avec une forte dynamique au début de l’année 2026, la feuille de route prévoyait pourtant un programme ambitieux, 24 pays s’étaient engagés à mobiliser plus de 16 milliards de dollars afin de transformer la bande de Gaza en zone démilitarisée et de financer sa reconstruction.

Aujourd’hui, l’avenir du projet apparaît incertain, les envoyés américains sont mobilisés sur d’autres crises régionales, les promesses financières s’érodent et les États partenaires peinent à exercer une pression sur Israël, accusé par certains observateurs de maintenir une pression politique et sécuritaire sur les Palestiniens.

Plusieurs analystes estiment que la guerre contre l’Iran a fragilisé le projet de l’intérieur, Ils soulignent une contradiction majeure, le président américain Donald Trump affirme vouloir superviser un processus de paix et réussir là où les Nations unies ont échoué, tout en menant une guerre sans mandat international ni base juridique reconnue.

Selon ces experts, l’initiative est désormais sortie du cercle des priorités américaines, israéliennes et même internationales, alors que la situation humanitaire à Gaza se détériore fortement et éloigne toute perspective de stabilisation à court terme.

L’initiative – qui avait initialement gagné en visibilité grâce à l’implication directe des envoyés américains Steve Witkoff et Jared Kushner – perd aujourd’hui de son élan, les deux responsables sont désormais mobilisés sur d’autres dossiers régionaux, notamment la confrontation avec l’Iran déclenchée le 28 février 2026.

La situation révèle une autre contradiction, alors que les États-Unis dépensent environ un milliard de dollars par jour pour la guerre contre l’Iran, près de deux millions de Palestiniens à Gaza continuent de vivre dans des conditions humanitaires extrêmement difficiles, dans un contexte de réduction de l’attention internationale, de fermeture de passages frontaliers et de ralentissement de l’aide.

Le « Conseil de paix » avait été officiellement inauguré le 22 janvier 2026 à Davos, en Suisse, l’initiative constituait l’aboutissement du plan détaillé présenté par la Maison-Blanche le 29 septembre 2025, qui appelait à un cessez-le-feu immédiat dans la bande de Gaza suivi d’un programme global de reconstruction et de réorganisation politique et sécuritaire du territoire.

Lors de l’annonce officielle, Donald Trump avait affirmé que cette structure deviendrait « la plus importante institution internationale de l’histoire », se disant fier d’en assurer la présidence, selon sa charte fondatrice, l’organisme ne devait pas se limiter à Gaza, il ambitionnait également de rivaliser avec certaines missions des Nations unies.

Donald Trump avait ouvertement critiqué l’ONU, estimant qu’elle avait échoué à maintenir la paix mondiale. Le Conseil de paix devait, selon lui, combler ce vide et corriger les faiblesses du système international.

Cette vision avait toutefois suscité de fortes critiques internationales, y compris dans plusieurs pays européens alliés des États-Unis, qui y voyaient une tentative de contourner les institutions internationales existantes.

Avec l’intensification de la guerre contre l’Iran, les engagements financiers et politiques ont commencé à s’éroder.

Le Congrès américain n’a toujours pas approuvé l’engagement de 10 milliards de dollars promis par Washington pour soutenir le projet.

Dans le même temps, plusieurs États du Golfe font face aux conséquences directes du conflit, attaques de drones et de missiles, perturbations du transport énergétique et tensions autour du détroit d’Ormuz, ces facteurs exercent une pression économique considérable sur ces pays et compliquent leur capacité à honorer leurs promesses financières.

D’autres États commencent également à revoir leur participation, l’Indonésie, qui avait envisagé d’envoyer des forces au sein d’une mission internationale de stabilisation à Gaza, réévalue désormais son engagement, le projet perdant de sa crédibilité dans le contexte de la guerre régionale.

Pour Ibrahim al-Madhoun, directeur de la Fondation nationale palestinienne pour les médias, la situation à Gaza est aujourd’hui « extrêmement tragique ». Près de deux millions d’habitants vivent dans l’angoisse permanente, alors que l’attention internationale se concentre sur la guerre régionale.

Selon lui, Israël profite de ce contexte pour accroître la pression sur la population civile, tandis que l’attention médiatique et diplomatique diminue, les besoins essentiels – nourriture, carburant, médicaments – deviennent de plus en plus difficiles à satisfaire.

Le directeur du Centre Al-Zaytouna pour les études et les consultations, Mohsen Saleh, estime pour sa part qu’Israël conserve un contrôle décisif sur les passages frontaliers et l’entrée de l’aide humanitaire, selon lui, le volume de camions autorisés à entrer dans l’enclave ne représente qu’environ un tiers des besoins réels.

Les analystes interrogés soulignent également une faiblesse structurelle du plan, la concentration des pouvoirs entre les mains des États-Unis.

Selon Mohsen Saleh, la conception même du projet accorde des prérogatives quasi totales au président américain et à l’administration américaine pour gérer la situation à Gaza.

Les autres États participants disposent de marges de manœuvre limitées pour influencer les décisions ou exercer une pression sur Washington ou Israël.

Le succès ou l’échec du plan dépend largement de la position américaine – et même de Donald Trump lui-même, ce qui limite le rôle des autres partenaires internationaux.

L’avenir de cette initiative semble désormais lié à l’issue du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Une victoire stratégique de Washington et de Tel-Aviv pourrait leur permettre d’imposer de nouvelles conditions politiques et sécuritaires à Gaza.

À l’inverse, si la guerre épuise les capacités israéliennes ou provoque des crises politiques internes, Israël pourrait perdre sa capacité à bloquer la mise en œuvre du plan, ouvrant la voie à un retrait militaire du territoire.

Un troisième scénario reste possible, un conflit prolongé ou un équilibre militaire. Dans ce cas, Israël pourrait continuer à ralentir la mise en œuvre du plan sans l’abandonner complètement.

Dans tous les cas, la question du désarmement des groupes armés palestiniens, notamment le Hamas, devrait rester au cœur des négociations futures.

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