L’Agence internationale de l’énergie indique que le carburant aviation en Europe ne couvre que six semaines

Publié le 17 avril 2026 à 08:03

L’Europe n’a que six semaines de kérosène. Vols menacés, prix en hausse, crise énergétique mondiale en vue. Le détroit d’Ormuz au cœur du choc.

L’Agence internationale de l’énergie indique que le carburant aviation en Europe ne couvre que six semaines

Birol a indiqué que la crise aura des répercussions majeures sur l’économie mondiale et ne se limitera pas au seul carburant aviation. Photo : Rafael Rodrigues / Pexels

 

FOCUS MONDE — EUROPE — L’Europe pourrait se retrouver à court de kérosène d’ici quelques semaines. Le directeur exécutif de Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol, alerte sur un risque immédiat lié aux perturbations des flux pétroliers transitant par le détroit d’Ormuz, dans un contexte de guerre impliquant l’Iran.

Dans un entretien accordé à Associated Press, Birol affirme que les réserves européennes de carburant aviation ne couvrent « qu’environ six semaines », évoquant la possibilité d’annulations de vols à court terme si la situation persiste. Selon lui, le bloc fait face à ce qu’il qualifie de « plus grande crise énergétique » jamais observée, alimentée par l’interruption des approvisionnements en pétrole et en gaz via cette artère stratégique du commerce mondial.

L’impact dépasse largement le secteur aérien. « Les conséquences sur l’économie mondiale seront majeures », prévient-il, évoquant une hausse généralisée des prix de l’essence, du gaz et de l’électricité, ainsi qu’un risque accru d’inflation et de ralentissement économique. Les pays émergents, notamment en Asie, en Afrique et en Amérique latine, seraient les plus exposés, bien qu’aucune économie ne soit véritablement à l’abri si le détroit d’Ormuz reste fermé durablement.

Dans ce scénario, une prolongation de la crise jusqu’à fin mai pourrait précipiter plusieurs économies fragiles vers la récession. En temps normal, près de 20 % du pétrole mondial transite par ce passage maritime critique. Aujourd’hui, plus de 110 pétroliers et une quinzaine de méthaniers seraient immobilisés dans la région, incapables de circuler librement.

Côté compagnies aériennes, le ton reste mesuré. Des acteurs comme KLM ou easyJet indiquent ne pas faire face à une pénurie immédiate, tout en évitant de commenter directement les projections de l’IEA. Delta Air Lines affirme de son côté suivre la situation de près. KLM a néanmoins déjà annoncé la réduction de 160 vols au départ et à destination d’Amsterdam le mois prochain, invoquant l’explosion des coûts du carburant et la rentabilité dégradée de certaines liaisons.

Sur le plan structurel, les dégâts infligés aux infrastructures énergétiques pourraient prolonger la crise sur plusieurs mois, voire jusqu’à deux ans selon Birol, avec plus de 80 installations touchées, dont un tiers gravement endommagées.

Le dirigeant de l’IEA met également en garde contre les propositions visant à instaurer des droits de passage dans le détroit, une idée avancée par l’Iran. Une telle mesure pourrait, selon lui, créer un précédent dangereux pour d’autres routes maritimes stratégiques comme le détroit de Malacca. « Si les règles changent une fois, il sera difficile de revenir en arrière », souligne-t-il.

En filigrane, cette crise pourrait accélérer la transition énergétique mondiale. Le recours à des alternatives comme le nucléaire pourrait s’intensifier, redessinant durablement la géopolitique de l’énergie. « L’énergie et la politique ont toujours été liées, mais je n’ai jamais vu une ombre géopolitique aussi sombre et étendue », conclut Birol.


ÉCRIT PAR LE MANIFEST


Tags : crise énergétique • carburant aviation • détroit d’Ormuz • économie mondiale • transport aérien

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.