Comment l’Algérie pourrait aider la Chine à combler ses déficits en minerai de fer et à renforcer son pouvoir de fixation des prix

Publié le 6 janvier 2026 à 11:21

Avec la mise en production progressive du gisement saharien de Gara Djebilet et un corridor ferroviaire soutenu par la Chine, l’Algérie s’impose comme un nouvel acteur clé du minerai de fer. Un projet industriel qui pourrait renforcer l’autonomie d’approvisionnement de Pékin et redistribuer les rapports de force sur les prix mondiaux.

Par @lemanifestmedia

Comment l’Algérie pourrait aider la Chine à combler ses déficits en minerai de fer et à renforcer son pouvoir de fixation des prix

Le groupe chinois CRCC a achevé la pose des rails sur le pont PK330, long de 6 km, un maillon final et crucial d’une nouvelle ligne ferroviaire destinée à libérer le potentiel minier de l’Algérie. Photo : CRCC

 

Dans un Sahara où les dunes croisent désormais des rails flambant neufs, un projet longtemps considéré comme dormant est en train de changer d’échelle. Le gisement de Gara Djebilet, dans le sud-ouest algérien, s’impose progressivement comme un pivot stratégique à la fois pour la diversification économique de l’Algérie et pour la stratégie chinoise de sécurisation des approvisionnements en minerai de fer. À la clé, un possible rééquilibrage des rapports de force sur un marché mondial historiquement dominé par quelques grands exportateurs.

À la fin décembre 2025, China Railway Construction Corporation (CRCC) a annoncé l’achèvement de la pose des rails sur le pont PK330, l’un des segments techniques les plus complexes du corridor ferroviaire minier. Cette étape marque une avancée décisive vers l’exploitation industrielle complète de Gara Djebilet, après des décennies d’attente depuis la découverte du gisement en 1952, rapporte l’agence Xinhua.

Le projet ferroviaire — souvent désigné comme Western Mining Railway — doit relier le gisement saharien aux pôles industriels du nord de l’Algérie sur près de 950 kilomètres. Selon les autorités algériennes et les partenaires chinois, cette infrastructure a été livrée en avance sur le calendrier initial et devrait devenir pleinement opérationnelle début 2026. L’enjeu est central, sans ce corridor logistique, l’exportation massive du minerai était économiquement irréaliste.

Sur le plan industriel, la montée en puissance de Gara Djebilet constitue un tournant pour Alger. Les réserves sont estimées à environ 3,5 milliards de tonnes, dont près de 1,7 milliard de tonnes exploitables, selon une analyse du South China Morning Post. La production devrait démarrer autour de 2 à 4 millions de tonnes par an, avant une montée en régime progressive visant 40 à 50 millions de tonnes à l’horizon 2030-2040. Un volume encore inférieur aux méga-projets comme Simandou en Guinée, mais suffisant pour peser à moyen terme sur l’équilibre de l’offre mondiale.

Pour la Chine, l’intérêt dépasse largement le cas algérien. Premier consommateur mondial de minerai de fer, Pékin reste structurellement dépendant de fournisseurs dominants — principalement l’Australie et le Brésil — et dispose d’un pouvoir limité dans la fixation des prix. En intégrant de nouveaux flux africains, dont celui de Gara Djebilet, la Chine élargit sa base de négociation et réduit la concentration de l’offre. Selon plusieurs analystes, cette diversification constitue un levier essentiel pour atténuer la volatilité des prix et renforcer le poids chinois dans les contrats de long terme.

Le partenariat algéro-chinois s’inscrit dans la continuité de l’Initiative Ceinture et Route, avec une forte dimension industrielle et humaine. Plus de 7 000 emplois locaux auraient été créés sur le chantier, et plus de 1 000 travailleurs algériens formés aux métiers du rail et de la construction, d’après Xinhua et le ministère algérien de l’Énergie et des Mines. Pour Alger, l’objectif est clair, réduire la dépendance aux hydrocarbures et repositionner le pays comme fournisseur crédible de matières premières stratégiques.

Des limites subsistent néanmoins. La teneur relativement élevée en phosphore du minerai de Gara Djebilet implique des coûts de traitement supplémentaires, tandis que les distances logistiques jusqu’aux aciéries chinoises restent importantes. Mais, comme le souligne le South China Morning Post, la logique chinoise est avant tout stratégique, sécuriser l’offre à long terme, même au prix d’une compétitivité immédiate moins optimale.

À l’aube de 2026, alors que les premiers convois s’apprêtent à traverser le désert saharien, le projet Gara Djebilet apparaît ainsi comme un double pari. Pour l’Algérie, celui d’une industrialisation minière structurante et durable. Pour la Chine, celui d’un outil supplémentaire pour combler ses déficits en minerai de fer et renforcer, progressivement, son pouvoir de fixation des prix sur un marché mondial en recomposition.

 

ÉCRIT PAR : LA RÉDACTION

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