Le marché de l’hélium, la position réelle de l’Algérie sur le marché mondial

Publié le 5 février 2026 à 14:31

Ressources estimées, production réelle, infrastructures et enjeux stratégiques, selon les données d’analystes internationaux et d’après plusieurs études sectorielles, la position de l’Algérie sur le marché mondial de l’hélium est souvent surestimée. Décryptage factuel, loin des titres sensationnalistes, d’un secteur clé pour la haute technologie et la recherche.

Par @lemanifestmedia

Le marché de l’hélium, la position réelle de l’Algérie sur le marché mondial

L’hélium, souvent réduit dans l’imaginaire collectif à un usage ludique, est en réalité une ressource stratégique critique pour les appareils d’imagerie médicale, l’industrie des semi-conducteurs, l’aérospatial et la recherche scientifique. Pourtant, la position réelle de l’Algérie sur ce marché est fréquemment mal interprétée ou surévaluée dans certains traitements médiatiques, faute de distinction claire entre ressources estimées, réserves prouvées et capacités industrielles. Cette mise au point s’appuie sur des données issues de sources internationales reconnues.

Selon une compilation de données géologiques et industrielles relayée par Visual Capitalist, l’Algérie figure parmi les pays disposant des ressources estimées d’hélium les plus importantes au monde, avec un volume évalué à environ 8,2 milliards de mètres cubes, derrière les États-Unis et le Qatar, et devant des pays comme la Russie et le Canada. D’après cette analyse, ces chiffres correspondent à des ressources potentielles présentes dans le sous-sol, et non à des réserves prouvées immédiatement exploitables, une distinction centrale en géologie économique et en économie des ressources.

Sur le plan de la production effective, la situation est sensiblement différente. D’après les données agrégées sur la production mondiale d’hélium publiées par World Population Review, l’Algérie produirait environ 11 millions de mètres cubes d’hélium par an, un volume nettement inférieur à celui des États-Unis, estimé à plus de 80 millions de mètres cubes, et du Qatar, autour de 60 millions de mètres cubes annuels. Selon cette même source, la production russe et canadienne atteint également des niveaux comparables, voire supérieurs selon les années.

Autrement dit, disposer de ressources estimées élevées ne signifie pas automatiquement être un leader industriel. Comme le rappellent plusieurs analyses sectorielles, la transformation d’un potentiel géologique en production commerciale dépend avant tout des infrastructures, des capacités de purification et des investissements industriels.

D’après les travaux scientifiques consacrés à la chaîne de valeur de l’hélium, ce gaz est rarement exploité à partir de gisements dédiés. Il est le plus souvent un sous-produit du traitement du gaz naturel. En Algérie, l’hélium est principalement récupéré lors du traitement du gaz extrait du gisement géant de Hassi R’Mel, l’un des plus importants champs gaziers au monde, qui constitue également un pilier des exportations de gaz naturel liquéfié du pays.

Selon cette littérature scientifique, la capacité d’un pays à convertir ses ressources en volumes exportables dépend moins de la seule présence du gaz dans le sous-sol que de l’existence d’unités de séparation, de liquéfaction et de logistique adaptées, des installations particulièrement coûteuses et technologiquement exigeantes.

Le marché mondial de l’hélium demeure par ailleurs hautement concentré. D’après les analyses du secteur relayées par des organismes de recherche européens, la production mondiale a longtemps été dominée par un nombre très limité de pays, principalement les États-Unis et le Qatar, l’Algérie occupant une place secondaire mais stratégique. Cette concentration confère aux producteurs une importance géopolitique disproportionnée par rapport aux volumes échangés.

Cela dit, comme le soulignent plusieurs rapports industriels, le Qatar a développé ses capacités de liquéfaction et d’exportation bien plus rapidement que l’Algérie, ce qui explique des volumes de production plus élevés, plus réguliers et une intégration plus avancée dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Selon les projections du marché mondial publiées par des cabinets d’analyse spécialisés, la demande mondiale d’hélium devrait continuer à progresser sous l’effet de la croissance des secteurs médicaux, électroniques et scientifiques. D’après ces prévisions, la valeur du marché pourrait presque doubler d’ici 2035, malgré des contraintes structurelles persistantes liées aux coûts de liquéfaction, à la logistique complexe et à la concentration géographique de l’offre.

En définitive, l’Algérie occupe une position réelle mais nuancée dans le marché mondial de l’hélium. Selon les données disponibles, elle dispose d’un potentiel géologique significatif, mais sa capacité industrielle actuelle ne lui permet pas de rivaliser avec les principaux leaders mondiaux. La confusion entre ressources estimées, réserves prouvées et production effective reste l’un des angles morts les plus fréquents dans le traitement médiatique du sujet, au détriment d’une lecture économique et stratégique rigoureuse.

 

ÉCRIT PAR : LA RÉDACTION

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.