Allemagne, pari stratégique sur l’hydrogène vert algérien

Publié le 11 février 2026 à 15:27

Berlin structure un partenariat énergétique majeur avec l’Algérie pour sécuriser ses futures importations d’hydrogène vert, via projets industriels, financements publics et corridor transméditerranéen, au cœur de sa stratégie de décarbonation et de souveraineté énergétique.

Par @sahbymehalla

Allemagne, pari stratégique sur l’hydrogène vert algérien

L’Allemagne structure discrètement mais fermement l’un des axes majeurs de sa transition énergétique, sécuriser des volumes massifs d’hydrogène vert en provenance d’Afrique du Nord, et en particulier d’Algérie. Derrière les annonces diplomatiques, le mouvement est désormais industriel, financier et stratégique.

En 2024, Le ministère fédéral de l’Économie et de la Protection du climat a officialisé la création d’une task force bilatérale avec Algérie dédiée au développement de la chaîne de valeur hydrogène. Objectif clair, production locale, transformation, transport vers l’Europe et intégration dans l’appareil industriel allemand. Berlin ne parle plus d’exploration, mais d’implémentation.

L’équation est simple. L’industrie lourde allemande — acier, chimie, mobilité lourde — devra remplacer une part significative de son gaz fossile par de l’hydrogène renouvelable pour atteindre ses objectifs climatiques. Or la production domestique ne suffira pas.

Selon la stratégie nationale hydrogène allemande, une part majoritaire des besoins devra être importée à l’horizon 2030–2045. Le sud de la Méditerranée, doté d’un potentiel solaire massif et de foncier disponible, s’impose naturellement dans la cartographie énergétique allemande.

La dynamique dépasse le cadre institutionnel. En octobre 2024, l’énergéticien allemand VNG AG a signé une lettre d’intention pour l’importation d’hydrogène vert algérien, en coopération avec Sonatrach et Sonelgaz.

En parallèle, la banque publique allemande KfW soutient un projet pilote de production d’hydrogène vert de 50 MW en Algérie, destiné à tester la viabilité technico-économique locale.

Le message est limpide, Berlin sécurise ses futurs flux énergétiques avant que la concurrence européenne et asiatique ne se positionne massivement.

Au cœur du dispositif figure le SoutH2 Corridor, projet d’infrastructure visant à relier l’Afrique du Nord à l’Europe centrale via un réseau de pipelines adaptés au transport d’hydrogène. L’Allemagne soutient activement cette initiative considérée comme stratégique pour la sécurité énergétique du continent.

Ce corridor pourrait permettre, d’ici la fin de la décennie, l’acheminement de volumes significatifs vers les hubs industriels allemands, notamment dans la Ruhr.

Le potentiel algérien est indéniable, irradiation solaire exceptionnelle, expérience gazière historique, proximité géographique avec l’Europe. Mais le passage à l’échelle reste conditionné à plusieurs facteurs :

Investissements massifs dans les électrolyseurs

• Infrastructures de transport adaptées

• Cadre réglementaire stable

• Compétitivité face à d’autres fournisseurs émergents

Berlin le sait, la transition hydrogène ne sera pas un sprint, mais une course d’endurance industrielle.

Ce partenariat dépasse l’énergie. Il s’inscrit dans une redéfinition des relations euro-méditerranéennes, où l’hydrogène pourrait remplacer progressivement le gaz comme pilier stratégique.

Après la crise énergétique européenne post-2022, l’Allemagne a appris une leçon clé, la dépendance énergétique non diversifiée coûte cher. L’hydrogène vert algérien s’inscrit donc dans une logique de sécurisation et de diversification.

L’Allemagne ne « parie » pas sur l’hydrogène algérien par opportunisme, mais par nécessité structurelle. Entre task force gouvernementale, financements publics, engagements industriels et projet de corridor continental, Berlin met en place les briques d’un futur énergétique décarboné.

La question n’est plus « si », mais « à quelle vitesse ».

L’hydrogène vert nord-africain pourrait devenir l’un des piliers invisibles de l’industrie allemande de demain. Et cette fois, l’énergie ne viendra plus du sous-sol, mais du soleil.

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

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