Histoire d’une mosquée… « Es-Saffah » à Laghouat, que la colonisation voulait transformer en église et que les Algériens ont imposée comme mosquée.

Publié le 21 février 2026 à 01:10

Née d’un bras de fer avec la colonisation française après le drame de 1852, la mosquée Es-Saffah domine Laghouat comme un manifeste de foi, d’identité et de mémoire vivante. Découvrez comment un projet d’église s’est mué en symbole durable de résistance culturelle et spirituelle.

Par @lemanifestmedia

Histoire d’une mosquée… « Es-Saffah » à Laghouat, que la colonisation voulait transformer en église et que les Algériens ont imposée comme mosquée.

Au cœur de Laghouat, dans le sud de l’Algérie, un édifice incarne à lui seul un épisode de résistance culturelle face à la colonisation française. La mosquée Es-Saffah, érigée sur le point le plus élevé de la ville, devait initialement devenir une église. Mais la population locale en décida autrement, transformant ce projet colonial en symbole d’affirmation identitaire et religieuse.

Près d’une décennie après le massacre perpétré par les forces coloniales en 1852, l’administration française projette d’implanter un lieu de culte chrétien à cet emplacement stratégique. Pour les habitants, encore marqués par la tragédie, l’enjeu dépasse l’architecture : il s’agit d’éviter une nouvelle défaite, cette fois civilisationnelle.

Historiens, architectes et résidents de Laghouat retracent la genèse de cet édifice achevé en 1874. Selon l’historien Boumediene Kaabouche, enseignant à l’université de Laghouat, la mobilisation et la pression populaires ont contraint les autorités coloniales à abandonner le projet d’église au profit de la construction d’une mosquée.

Connue également sous le nom de Grande Mosquée, en raison de sa taille — la plus imposante de la ville à l’époque —, l’édifice est aussi appelé mosquée au minaret, puisqu’il s’agit du premier lieu de culte de la région à en être doté.

Le chantier est confié à des ingénieurs militaires et civils venus de plusieurs pays, mobilisés par l’occupation pour bâtir ses infrastructures. Parmi eux figure l’architecte italien Giacomo Molinari, chargé de superviser la construction. Son travail se distingue par une fusion harmonieuse entre architecture islamique et influences occidentales.

Au contact des habitants durant les travaux, Molinari découvre la culture locale et la spiritualité musulmane. Une immersion qui le conduit finalement à se convertir à l’islam, épisode resté dans la mémoire collective de la ville.

Au-delà de sa dimension religieuse, la mosquée Es-Saffah s’impose rapidement comme un foyer intellectuel et culturel. On y enseigne et on y apprend le Coran, et elle devient un espace de rassemblement pour toutes les générations. Plusieurs figures majeures du mouvement réformiste et du combat national, dont Cheikh Abdelhamid Ben Badis et Mubarak El-Mili, y ont séjourné.

Aujourd’hui encore, l’édifice conserve sa vocation pédagogique et sociale. L’enseignement coranique s’y poursuit, tandis que les fidèles perpétuent une tradition ancienne : offrir le « ma‘rouf » — une forme de charité — aux passants et aux visiteurs, notamment le vendredi, prolongeant ainsi un héritage de solidarité ancré dans l’histoire de Laghouat.

 

ÉCRIT PAR : LA RÉDACTION

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