Tunisie, lourdes peines de prison pour des figures de l’ancien régime

Publié le 4 mars 2026 à 08:33

Justice et politique s’entrechoquent en Tunisie. L’homme d’affaires Marouane Mabrouk, gendre de Ben Ali, et plusieurs ex-responsables gouvernementaux écopent de lourdes peines de prison dans une affaire majeure de corruption.

Par Le Manifest

Tunisie, lourdes peines de prison pour des figures de l’ancien régime

La justice tunisienne a condamné plusieurs personnalités politiques et économiques de premier plan dans une affaire de corruption et de blanchiment d’argent. Parmi les condamnés figure l’homme d’affaires Marouane Mabrouk, gendre de l’ancien président Zine el-Abidine Ben Ali, écroué depuis la fin de l’année 2023.

La cour de première instance de Tunis a prononcé une peine de 20 ans de prison contre Mabrouk. Selon une source judiciaire citée par l’agence de presse tunisienne, la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière lui a infligé 14 ans de prison pour blanchiment d’argent, dans le cadre d’une procédure liée à ses activités économiques.

Dans le même dossier, la justice tunisienne a également condamné l’ancien chef du gouvernement Youssef Chahed, ainsi que plusieurs anciens ministres — Mabrouk Korchid, Mehdi Ben Gharbia, Mohamed Ridha Chalghoum, Mohamed Anouar et Khamis Jhinaoui — à six ans de prison chacun. Chahed avait dirigé le gouvernement tunisien entre 2016 et 2020.

D’après les éléments judiciaires, ces condamnations sont liées à une décision prise lors d’un conseil ministériel en janvier 2018, qui avait permis de lever le gel des avoirs de Marouane Mabrouk. Les juges ont estimé que cette décision s’inscrivait dans un cadre irrégulier relevant d’une affaire de corruption financière.

La cour a également prononcé une amende de 800 millions de dinars tunisiens pour chacun des condamnés, soit environ 266 millions de dollars. Cette sanction financière vient s’ajouter aux peines de prison déjà infligées.

Marouane Mabrouk reste une figure centrale du monde des affaires tunisien. Avant ces poursuites judiciaires, il était actif dans plusieurs secteurs clés de l’économie, notamment les télécommunications, la banque, le commerce automobile, la distribution et l’industrie agroalimentaire.

Depuis la révolution de 2011, qui a conduit à la chute du président Ben Ali, les autorités tunisiennes tentent de récupérer les fonds soupçonnés d’avoir été acquis de manière illégale sous l’ancien régime. En 2022, le président Kaïs Saïed a ainsi lancé une initiative de “réconciliation pénale” visant à récupérer des ressources auprès d’hommes d’affaires impliqués dans des affaires de corruption afin de réduire le déficit budgétaire du pays.

Toutefois, plusieurs années après son lancement, cette commission n’a annoncé aucune récupération financière majeure, alimentant les critiques sur l’efficacité réelle du dispositif.

 

ÉCRIT PAR LE MANIFEST

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