La Commission européenne estime que TikTok enfreint le Règlement sur les services numériques en n’ayant pas suffisamment limité des fonctionnalités jugées addictives, comme l’infinite scroll et l’autoplay. Bruxelles reproche à la plateforme de ne pas avoir correctement évalué ni réduit les risques pour la santé mentale des utilisateurs, en particulier des mineurs, ouvrant la voie à de possibles sanctions financières et à une refonte imposée de son interface, selon les constats préliminaires des autorités européennes.
Par @sahbymehalla
Dans une manoeuvre qui marque une escalade majeure de la régulation numérique en Europe, la Commission européenne a officiellement accusé TikTok de violer le règlement européen sur les services numériques (Digital Services Act ou DSA), estimant que le design même de l’application encourage un usage compulsif et potentiellement nuisible, notamment chez les enfants et les utilisateurs vulnérables.
D’après les autorités européennes, des fonctions comme l’infinite scroll, la lecture automatique (autoplay), le système de recommandations hyper-personnalisé et les notifications push ne se contentent pas de distraire les utilisateurs, mais les entraînent dans des cycles continus de contenu qui réduisent leur capacité d’autocontrôle et stimulent une consommation excessive de l’application.
Dans sa conclusion préliminaire, la Commission juge que TikTok n’a pas suffisamment évalué ni atténué les risques physiques et psychologiques liés à ces mécanismes, en particulier pour les mineurs, soulignant que les dispositifs existants de gestion du temps d’écran et de contrôle parental ne sont pas efficaces.
Le Règlement sur les services numériques(DSA), entré en vigueur progressivement depuis 2023, impose aux très grandes plateformes numériques des obligations strictes en matière de gestion des risques liés aux contenus et aux mécanismes de design susceptibles d’être nocifs.
Dans ce cadre, la Commission — exécutif de l’Union — a décidé de formuler des charges formelles à l’encontre de TikTok, indiquant que le réseau social n’a pas mis en place de mesures adéquates pour contrer ces risques. Selon des sources officielles, Bruxelles envisage de forcer la plateforme à modifier la conception de base de son service, notamment en :
• Limitant ou supprimant l’infinite scroll,
• Renforçant les temps de pause obligatoires, notamment la nuit,
• Ajustant son algorithme de recommandation pour réduire les circuits de récompense continue.
Si TikTok ne se conforme pas à ces exigences, il pourrait s’exposer à des amendes allant jusqu’à 6 % de son chiffre d’affaires mondial, une sanction potentielle déjà prévue par le DSA en cas de non-conformité.
TikTok a rejeté les accusations. Dans une déclaration citée par AP News, l’entreprise affirme que les conclusions préliminaires de la Commission européenne constituent une description « fausse et sans fondement » de sa plateforme et indique qu’elle entend les contester par tous les moyens légaux.
Cette bataille juridique s’inscrit dans un mouvement global plus large de surveillance des grandes plateformes, avec des pays comme l’Australie, l’Espagne ou encore le Royaume-Uni s’interrogeant de plus en plus sur les effets de la consommation numérique sur la santé mentale des jeunes.
Pour l’UE, ce dossier dépasse le simple litige réglementaire, il s’agit d’une question de santé publique, de protection des données des mineurs et de régulation du capitalisme attentionnel à l’ère des flux numériques incessants. La balle est désormais dans le camp de TikTok, tandis que Bruxelles se prépare à pousser l’une des plus puissantes plateformes sociales à revoir fondamentalement son modèle d’interaction.
ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA
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