Une simple vidéo générée par IA avec de faux Tom Cruise et Brad Pitt déclenche la panique chez un scénariste majeur et relance le débat explosif sur l’avenir des métiers du cinéma.
Par @sahbymehalla
Gareth Cattermole/Getty Images
L’industrie du cinéma retient son souffle. Une courte séquence générée par intelligence artificielle, publiée par le cinéaste irlandais Ruairí Robinson, montrant Tom Cruise et Brad Pitt dans un combat hyperréaliste a déclenché une onde de choc à Hollywood, au point qu’un scénariste majeur évoque désormais un basculement historique pour les métiers créatifs. Cette vidéo de quinze secondes a été produite à partir d’un simple prompt textuel grâce à l’outil Seedance 2.0, illustrant la rapidité avec laquelle les technologies génératives atteignent un niveau visuel comparable aux productions professionnelles.
Le signal d’alarme le plus commenté vient de Rhett Reese, co-scénariste de Deadpool & Wolverine et figure installée du système hollywoodien. Sur X, il a lâché une phrase devenue virale : « C’est probablement fini pour nous », ajoutant être « terrifié » par la vitesse des progrès de l’IA. Son inquiétude repose sur un scénario précis, la possibilité qu’un créateur isolé produise à terme un long-métrage entier depuis un ordinateur, avec des coûts et des délais sans commune mesure avec ceux d’un studio traditionnel. Cette perspective remettrait en cause la structure même d’une industrie fondée sur des équipes massives et des budgets colossaux.
La séquence virale a également ravivé les tensions juridiques. l’Association du cinéma (Motion Picture Association - MPA) accuse les développeurs du modèle d’avoir utilisé des œuvres protégées pour entraîner leur IA, une question déjà au cœur des grèves historiques de 2023. La bataille ne porte plus seulement sur la technologie mais sur la propriété intellectuelle, le droit à l’image des acteurs et la rémunération des créateurs dont le travail sert à nourrir les algorithmes.
Mais Hollywood n’affiche pas un front uni. Certains professionnels reconnaissent la puissance de l’outil tout en contestant sa capacité à remplacer la performance humaine. L’acteur Simu Liu a ainsi dénoncé une production « ordures », rappelant que l’émotion, le jeu et la direction d’acteurs restent des éléments difficilement automatisables. Cette fracture révèle un débat plus profond, l’IA doit-elle être perçue comme un outil de création ou comme un substitut industriel ?
Au-delà de la polémique, l’épisode marque une étape stratégique. Ce qui inquiète réellement les studios n’est pas la vidéo en elle-même mais l’économie qu’elle annonce, production quasi instantanée, coûts drastiquement réduits et désintermédiation de la chaîne de fabrication d’un film. Le modèle hollywoodien, basé sur la rareté et la puissance financière, pourrait être concurrencé par une création décentralisée et accessible.
À court terme, les blockbusters portés par des stars et des tournages réels devraient conserver leur statut d’événements culturels. À moyen terme, une coexistence semble se dessiner entre productions traditionnelles et contenus générés par IA, plus rapides et moins chers. L’enjeu ne sera pas seulement technologique mais contractuel, avec de nouvelles normes autour des données d’entraînement, des licences d’image et des droits d’auteur.
Dans cette transition, la phrase du scénariste résonne comme un symptôme plus que comme une prophétie. Hollywood n’est pas sur le point de disparaître, mais son modèle industriel entre dans une phase de reconfiguration accélérée où la valeur ne se mesurera plus uniquement en millions de dollars, mais en maîtrise des outils, en propriété des données et en créativité humaine augmentée.
ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA
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