Entre révolution technologique et guerre du copyright, l’essor fulgurant des modèles d’IA chinois fait vaciller les studios américains et pourrait redéfinir les règles mondiales de la propriété intellectuelle.
Par @sahbymehalla
La course effrénée de la Chine pour combler son retard sur les États-Unis dans l’intelligence artificielle pourrait déjà avoir fait une première victime de poids, Hollywood. Une technologie jugée suffisamment performante pour inquiéter les cinéastes les plus expérimentés ouvre la voie à un affrontement juridique qui s’apparente au premier acte d’une guerre plus vaste autour de la propriété intellectuelle et de la domination des marchés.
Les modèles d’IA chinois, plus rapides, moins coûteux et désormais massivement adoptés, représentent une menace existentielle pour des industries à très forte intensité de capital et de risque comme le cinéma. Leur développement s’accompagne en outre de garde-fous plus limités, notamment en matière de contenus protégés par le droit d’auteur et de droits à l’image.
Le point de bascule est venu avec Seedance 2.0, un générateur vidéo basé sur l’IA développé par ByteDance. L’outil a produit une séquence hyperréaliste montrant Tom Cruise et Brad Pitt en train de se battre, déclenchant l’alarme dans les grands studios américains. Netflix, Paramount, Warner Bros. et Disney ont adressé des mises en demeure à l’entreprise chinoise, tandis que des organisations professionnelles comme SAG-AFTRA et la Motion Picture Association ont dénoncé une violation des droits d’auteur et une exploitation abusive de l’image des acteurs.
ByteDance assure de son côté respecter la propriété intellectuelle et affirme intégrer des mécanismes de protection supplémentaires à Seedance sous la pression juridique. Reste à savoir si ces ajustements suffiront à limiter réellement les capacités de l’outil ou sa diffusion.
En toile de fond, Hollywood mise sur l’arsenal juridique du copyright pour freiner cette technologie, mais les actions en justice n’ont pas ralenti l’ascension plus large des modèles chinois. Selon les données d’OpenRouter, les modèles open source venus de Chine sont passés d’un usage quasi nul à la mi-2024 à près d’un tiers de l’utilisation totale de l’IA fin 2025.
Pour Dan Neely, directeur général de Vermillio, le lancement de Seedance « ressemble à un nouveau moment DeepSeek ou Sora 2, l’enjeu n’est pas seulement la puissance du modèle, mais celui qui fixe les paramètres par défaut ». En clair, l’avance chinoise pourrait permettre à Pékin d’imposer ses standards en matière de propriété intellectuelle et de règles encadrant l’IA.
La question centrale demeure désormais le facteur temps. La pression des géants américains suffira-t-elle à ralentir les ambitions chinoises dans l’intelligence artificielle, ou assiste-t-on déjà à un basculement durable de l’équilibre des pouvoirs technologiques ?
ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA
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