Google et le Pentagone discutent d’un accord secret sur l’intelligence artificielle

Publié le 17 avril 2026 à 08:33

Accord secret en vue entre Google et le Pentagone autour de l’IA Gemini. Entre enjeux militaires, éthique et surveillance, une alliance explosive se dessine.

Google et le Pentagone discutent d’un accord secret sur l’intelligence artificielle

Le ministère de la Défense américain étudie la conclusion d’un accord avec Google afin d’autoriser l’utilisation de ses outils d’intelligence artificielle dans l’ensemble des usages légitimes (Getty).

 

NÉOTECH — TECHNOLOGIE / ÉTATS-UNIS — Dans un contexte de militarisation accélérée de l’intelligence artificielle, une nouvelle négociation sensible pourrait redéfinir les relations entre la Silicon Valley et le complexe militaro-industriel américain.

Selon le média spécialisé The Information, cité par plusieurs sources concordantes, Google, filiale du groupe Alphabet, mène actuellement des discussions avancées avec le Pentagone en vue d’un accord permettant le déploiement de ses modèles d’intelligence artificielle Gemini dans des environnements classifiés.

D’après ces informations, l’accord envisagé autoriserait le Département de la Défense américain à utiliser les outils d’IA de Google dans l’ensemble des usages jugés légitimes. Une évolution stratégique majeure alors que Washington accélère l’intégration de l’IA dans ses opérations afin d’optimiser les coûts et d’automatiser certaines fonctions administratives et opérationnelles.

Mais le dossier reste hautement sensible. Toujours selon The Information, Google aurait proposé l’inclusion de clauses restrictives dans le contrat afin d’encadrer strictement l’usage de ses technologies. L’objectif affiché est clair éviter toute dérive vers la surveillance de masse sur le territoire américain ou le développement d’armes autonomes échappant à un contrôle humain significatif.

Côté Pentagone, un responsable a confirmé que le ministère poursuivait activement le déploiement de capacités avancées en intelligence artificielle via des partenariats industriels solides, sans pour autant valider officiellement l’existence de discussions avec Google.

Si aucun commentaire officiel n’a été formulé par Alphabet à ce stade, une telle alliance renforcerait considérablement la présence de l’entreprise dans les contrats gouvernementaux, un segment stratégique en pleine expansion.

Ce virage intervient dans un climat déjà tendu autour de l’usage militaire de l’IA. En mars dernier, OpenAI a dû revoir les termes de son propre accord avec le Pentagone après une vague de critiques liées aux risques de surveillance généralisée, rapporte NBC News. Son PDG Sam Altman avait alors assuré publiquement que les nouvelles clauses interdisaient toute utilisation des technologies de l’entreprise à des fins de surveillance de masse.

Dans une prise de position relayée par The Guardian, Altman avait même qualifié certaines modalités initiales de « précipitées » et potentiellement « exploitantes », illustrant les tensions croissantes entre innovation technologique et éthique.

Google, de son côté, a déjà amorcé un repositionnement controversé. En février 2025, l’entreprise a discrètement modifié ses principes éthiques en matière d’IA, abandonnant son engagement explicite à ne pas développer de technologies pouvant causer des dommages à grande échelle, selon CNBC. Une inflexion majeure qui ouvre désormais la porte à des usages plus sensibles, notamment dans les domaines militaires et sécuritaires.

Historiquement, le groupe s’était pourtant montré prudent. En 2018, Google s’était retiré d’un appel d’offres de 10 milliards de dollars du Pentagone, invoquant des inquiétudes liées à la compatibilité du projet avec ses principes éthiques.

Aujourd’hui, la stratégie semble avoir évolué. Sous l’impulsion de son CEO Sundar Pichai, l’entreprise intensifie ses efforts pour décrocher des contrats fédéraux, malgré des tensions internes persistantes avec une partie des employés opposés à ces orientations.

Google affirme néanmoins rester aligné sur les principes du droit international et des droits humains, promettant de maximiser les bénéfices de ses technologies tout en limitant leurs impacts négatifs.

En filigrane, une question s’impose désormais à l’échelle mondiale jusqu’où les géants de la tech peuvent-ils aller dans leur collaboration avec les armées sans franchir une ligne rouge éthique.

Le débat, lui, ne fait que commencer.


ÉCRIT PAR LE MANIFEST


Tags : Google • Pentagone • Intelligence artificielle • Défense américaine • IA militaire

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