Tarifs explosifs, alliances bouleversées et industrie sous pression. Un an après, l’économie mondiale reste marquée par l’onde de choc Trump.
Le président Donald Trump réunit son cabinet à la Maison-Blanche. Photo par Chip Somodevilla/Getty Images.
ÉTATS-UNIS — Un an après le lancement du « Liberation Day », l’économie mondiale continue d’absorber le choc d’une politique commerciale américaine profondément remaniée — et désormais partiellement démantelée.
Le système commercial international reste durablement transformé, malgré un recul progressif des mesures les plus agressives.
Le mur tarifaire érigé par Donald Trump a été en grande partie démantelé par la justice, affaibli par des exemptions et réduit via de nouveaux accords commerciaux.
Les bouleversements provoqués au cours des douze derniers mois ont profondément reconfiguré les échanges mondiaux, avec des effets qui pourraient s’inscrire dans la durée.
Selon les données du Budget Lab de Yale, le taux effectif moyen des droits de douane américains — indicateur clé mesurant les taxes réellement perçues sur les importations — a connu des variations inédites.
Début 2025, ce taux se situait autour de 2 %, un niveau stable depuis plusieurs années. Après l’arrivée de Trump, il a bondi jusqu’à 21 %, un sommet inédit depuis un siècle, dans les jours suivant le « Liberation Day ».
Aujourd’hui, il s’établit à environ 11 %, après que la Cour suprême des États-Unis a invalidé une grande partie des mesures tarifaires prises sous l’International Emergency Economic Powers Act → la loi américaine sur les pouvoirs économiques en cas d’urgence internationale.
L’administration Trump ne compte pas en rester là. Le président a promis d’augmenter le tarif généralisé de 10 % instauré après la décision de justice.
Ses équipes travaillent à reconstituer ces barrières commerciales via d’autres leviers juridiques avant l’expiration des taxes actuelles en juillet.
Par ailleurs, selon le The Wall Street Journal, la structure des droits de douane sur l’acier et l’aluminium pourrait être modifiée, ce qui entraînerait une hausse des coûts pour les importations.
Trois impacts majeurs déjà visibles
1. De nouvelles alliances commerciales
Les pays multiplient les accords alternatifs, tout en tentant de respecter les engagements pris avec Washington dans un cadre désormais jugé illégal par la Cour suprême.
2. Une industrie américaine sous pression
Les industriels font face à une hausse des coûts des intrants, répercutée en partie sur les consommateurs.
Depuis avril 2025, l’emploi manufacturier a reculé sur 9 des 10 derniers mois, avec une perte nette de 89 000 emplois.
Malgré cela, la Maison Blanche met en avant certains indicateurs positifs, notamment l’indice de l’Institute for Supply Management, qui montre une reprise de l’activité industrielle sur trois mois consécutifs. Mais les prix restent à leur plus haut niveau depuis 2022.
3. Une Chine toujours dominante
Contrairement aux attentes de Washington, la Chine a réussi à rediriger ses exportations vers d’autres marchés. Elle a terminé 2025 avec un excédent commercial record de 1 200 milliards de dollars.
Wilbur Ross, ancien secrétaire au Commerce sous Trump, estime que le « Liberation Day » aurait pu être un succès sans l’intervention de la Cour suprême.
Selon lui, la décision judiciaire limite désormais la capacité du président à faire varier les droits de douane, ce qui pourrait paradoxalement rassurer les entreprises confrontées à une forte incertitude.
Pour les dirigeants d’entreprise, le changement est structurel.
Oliver Blume, PDG de Volkswagen, prévient que les barrières commerciales imposent une refonte complète des modèles économiques.
Il souligne que les investissements futurs dépendront largement de la capacité à compenser les coûts liés aux droits de douane, avertissant qu’il est impossible de supporter simultanément des taxes élevées et des investissements massifs aux États-Unis.
De son côté, la Maison Blanche défend fermement cette stratégie.
Le porte-parole Kush Desai affirme que Trump a utilisé les droits de douane pour réduire le déficit commercial, renégocier les accords, attirer des investissements industriels et faire baisser les prix des médicaments.
Le commerce mondial entre dans une phase de fragmentation durable, où la logique géopolitique prend le dessus sur les règles multilatérales. Autrement dit, le système d’échanges tel qu’on le connaissait ne disparaît pas — il mute.
Et cette fois, le reset n’est pas temporaire.
ÉCRIT PAR SAHBY MEHALLA
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