Lundi, huit juges du tribunal d’immigration de Manhattan ont été brutalement révoqués par l’administration Trump. Une décision qui alarme les défenseurs des droits des migrants et relance le débat sur l’indépendance judiciaire.
Par @lemanifestmedia
L’administration Trump a évincé huit juges d’immigration de New York travaillant sur des dossiers au 26 Federal Plaza, où des agents de l’ICE interpellent des immigrés depuis des mois, selon un nouveau rapport publié. Photo : Dean Moses
C’est un lundi noir pour le système judiciaire américain. Huit juges d’immigration siégeant au sein du très actif tribunal fédéral de 26 Federal Plaza à Manhattan ont été limogés sans préavis par l’administration du président Donald Trump, selon plusieurs sources concordantes, dont CBS News, Reuters et amNY. Parmi les noms révélés figure celui d’Amiena A. Khan, ancienne juge principale adjointe et figure respectée de la juridiction new-yorkaise.
Cette décision marque une nouvelle escalade dans la stratégie judiciaire mise en place depuis le retour au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025. En moins d’un an, plus d’une centaine de juges d’immigration à travers le pays auraient été révoqués ou poussés vers la sortie, selon des chiffres relayés par l’Association nationale des juges d’immigration (NAIJ).
L’ampleur et la soudaineté de ces renvois ont déclenché une onde de choc au sein du monde judiciaire. Plusieurs observateurs, y compris d’anciens magistrats, parlent d’un véritable « massacre du lundi après-midi ». Certains juges concernés supervisaient eux-mêmes d’autres collègues, ce qui fragilise encore davantage une juridiction déjà débordée par le nombre croissant de dossiers.
L’administration affirme agir dans le cadre de son autorité exécutive, arguant d’un besoin de “réalignement institutionnel” pour rendre la justice migratoire plus efficace. Mais pour les critiques, cette justification masque une tentative délibérée de réduire au silence les magistrats perçus comme trop modérés ou trop indépendants.
Le tribunal de 26 Federal Plaza est l’un des plus sollicités des États-Unis, traitant des milliers d’audiences chaque année. Le licenciement brutal de ces juges risque d’aggraver une situation déjà critique, selon les dernières données de TRAC Immigration, le délai moyen de traitement d’un dossier d’asile à New York dépasse désormais les 800 jours. Moins de juges, c’est plus d’attente — et potentiellement moins de garanties de procédure équitable pour les demandeurs.
« C’est une attaque frontale contre l’indépendance judiciaire, mais aussi contre les droits fondamentaux des migrants », a déclaré à Newsweek un ancien magistrat fédéral sous anonymat.
Au-delà de New York, cette décision pourrait annoncer une tendance nationale. Depuis sa réélection, Donald Trump a multiplié les initiatives pour durcir la politique migratoire, réactivation du programme Remain in Mexico, détention systématique des familles, réduction des recours en appel. Dans ce contexte, la nomination de juges perçus comme plus “compatibles” idéologiquement semble s’inscrire dans une volonté d’accélérer les procédures d’expulsion et de réduire les chances de régularisation.
Des voix s’élèvent déjà pour demander des explications. Plusieurs associations, dont l’ACLU et Human Rights First, envisagent des actions légales pour contester ces licenciements, invoquant une possible discrimination à caractère politique ou ethnique.
Ce qu’il faut retenir
Huit juges d’immigration limogés à New York, dont une figure de proue du tribunal.
Plus de 100 juges révoqués au niveau national depuis janvier 2025.
Risque accru de retards et d’injustices dans les procédures migratoires.
L’indépendance judiciaire remise en question, dans un contexte de durcissement politique.
ÉCRIT PAR : LA RÉDACTION
Ajouter un commentaire
Commentaires