Trump et le pétrole vénézuélien : stratégie géopolitique offensive contre la Chine et la Russie

Publié le 16 janvier 2026 à 11:01

En réorientant le brut lourd du Venezuela vers les raffineries américaines du Golfe, Washington cherche à affaiblir l’influence énergétique de la Chine et de la Russie tout en renforçant sa propre sécurité énergétique. Une stratégie offensive aux conséquences géopolitiques majeures.

Par @sahbymehalla

Trump et le pétrole vénézuélien : stratégie géopolitique offensive contre la Chine et la Russie

Un chevalet de pompage pétrolier sur le lac de Maracaibo, à Cabimas, au Venezuela. La réaction du marché pétrolier au plan de Donald Trump visant à extraire une « quantité colossale de richesses » du Venezuela est, pour l’instant, restée mesurée. Photo : Gaby Oraa / Bloomberg via Getty Images.

 

Dans une séquence d’événements qui redessine le paysage géopolitique autour des hydrocarbures, l’intervention américaine au Venezuela et la prise de contrôle de ressources pétrolières reviennent au premier plan des stratégies internationales. Selon un article d’opinion récent publié sur Fox Business News, la relance de l’accès au pétrole vénézuélien par les États-Unis n’est pas tant une contradiction que « une stratégie géniale pour écraser la Chine et la Russie » en termes d’influence et de marchés énergétiques.

Le fondement de cette stratégie repose sur plusieurs piliers. Premièrement, le pétrole vénézuélien est majoritairement du brut lourd, précisément adapté à certaines raffineries américaines du Golfe du Mexique, permettant d’optimiser leur capacité de traitement. En réorientant ces volumes vers les États-Unis plutôt que vers Pékin ou Moscou, Washington vise à affaiblir les circuits d’exportation qui profitaient historiquement à la Chine, principal acheteur de pétrole vénézuélien avant les sanctions.

Ce calcul est complété par des actions concrètes, depuis décembre 2025, les forces américaines ont intensifié la saisie de navires liés à l’exportation de pétrole vénézuélien, récemment avec l’arraisonnement du tanker Veronica dans les Caraïbes, que les autorités qualifient de « flotte fantôme » défiant l’embargo imposé par Washington.

Dans la même veine, le gouvernement américain revendique désormais des prix supérieurs pour le brut vénézuélien vendu sous sa supervision, avec des ventes rapportant environ 30 % de plus que ce qu’obtenait Caracas avant le changement de contrôle, reflétant une gestion commerciale plus agressive et lucrative.

Sur le plan géopolitique, les critiques et analyses internationales signalent que l’objectif américain est clair, réduire la capacité de la Chine à utiliser le pétrole vénézuélien comme levier d’influence en Amérique latine et limiter les espaces d’opération pour la Russie. D’après une analyse stratégique publiée récemment sur Meduza, l’accès américain au pétrole vénézuélien menace les investissements et les réseaux établis par Pékin et Moscou dans le pays, où ces puissances avaient déjà engagé des capitaux et construit des relations politiques de long terme.

Pour Pékin, ce revirement est un coup dur symbolique et commercial, puisqu’une grande partie du pétrole vénézuélien était dirigée vers des raffineries indépendantes chinoises prêtes à contourner les sanctions pour s’approvisionner. La perte de cet approvisionnement à prix réduit rebat les cartes de la politique énergétique chinoise, bien que son impact global soit atténué par une diversification de ses sources d’approvisionnement.

À Washington, l’approche ne se limite plus à une simple interruption des flux, elle vise à restructurer le système énergétique vénézuélien en profondeur. Le président Trump a encouragé les grandes compagnies pétrolières américaines à investir massivement dans l’infrastructure pétrolière du pays, promettant « sécurité totale » et conditions favorables pour la reconstruction de champs pétroliers et d’installations anciennement laissés à l’abandon.

Cela s’inscrit dans un cadre plus large de gestion de l’industrie vénézuélienne sous supervision américaine, avec des stratégies allant de la distribution des revenus pétroliers à des comptes contrôlés par les États-Unis jusqu’à l’ouverture potentielle du marché à d’autres acteurs internationaux sous conditions.

Cette politique énergétique aggressive suscite des réactions contrastées sur la scène mondiale. Pour certains analystes, elle représente une affirmation de puissance américaine dans l’hémisphère et une manière de contrer l’emprise économique chinoise et russe. Pour d’autres, notamment en Europe et en Amérique latine, une stratégie fondée sur la force et la captation de ressources nationales est perçue comme une atteinte à la souveraineté des États et une menace pour la stabilité régionale.

Alors que Washington avance ses pièces sur l’échiquier énergétique global, l’enjeu dépasse la simple gestion des barils de pétrole, il s’agit d’un combat d’influence où se mêlent énergie, sécurité, diplomatie et économie mondiale. Le succès ou l’échec de cette politique déterminera potentiellement la configuration des relations internationales dans les années à venir, notamment entre grandes puissances et pays producteurs de ressources stratégiques.

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.