Minneapolis : l’agent qui a tiré sur Renee Good formé à traquer des fugitifs, reflet d’une ICE militarisée

Publié le 17 janvier 2026 à 13:13

Formé à la poursuite et à l’appréhension de fugitifs, l’agent d’ICE impliqué dans la mort de Renee Good à Minneapolis incarne la militarisation progressive de l’application des lois migratoires aux États-Unis, un modèle aujourd’hui au cœur d’une controverse nationale.

Par @sahbymehalla

Minneapolis : l’agent qui a tiré sur Renee Good formé à traquer des fugitifs, reflet d’une ICE militarisée

Le 7 janvier, lors d’une opération d’application de la loi dans le sud de Minneapolis, Jonathan Ross a tiré trois balles dans un VUS en mouvement, tuant Renee Good.

 

L’agent des services d’immigration et de douane des États-Unis (ICE) qui a mortellement abattu Renee Nicole Good le 7 janvier 2026 à Minneapolis n’était pas un agent ordinaire, son parcours illustre une trajectoire de formation orientée vers les opérations de poursuite et d’appréhension de fugitifs, forgée par près de deux décennies de service militaire et fédéral.

Selon des dossiers judiciaires et des témoignages recueillis par AP News, Jonathan Ross — identifié comme l’agent ayant tiré sur Good — est un vétéran de la guerre en Irak qui a servi comme mitrailleur dans la Indiana National Guard avant de rejoindre le U.S. Border Patrol en 2007, puis ICE en 2015, où il a été affecté aux opérations de fugitive tracking (fugitive operations), une unité chargée de localiser et arrêter des personnes recherchées par les autorités fédérales.

D’après les mêmes documents, le parcours de Ross reflète les priorités des forces fédérales depuis les guerres en Afghanistan et en Irak, une culture militaire fortement intégrée dans des missions d’application de la loi intérieure. Après son retour des zones de combat en 2005, il a étudié puis intégré la Border Patrol, où il a travaillé comme agent de renseignement de terrain chargé d’analyser les mouvements liés au trafic de drogues et d’êtres humains.

Avec ICE, Ross a servi dans le bureau d’Enforcement and Removal Operations (le bureau des opérations d’exécution et de renvoi - ERO), opérant comme leader d’équipe et formateur en armes et tactiques de tir, ainsi que membre de la Force opérationnelle conjointe de lutte contre le terrorisme du FBI. Ces expériences professionnelles l’ont placé au cœur de stratégies où la capture de « cibles à haute valeur » prime sur des approches policières traditionnelles.

Des analystes de sécurité ont souligné que la culture institutionnelle d’ICE tend à valoriser des compétences héritées des missions militaires et anti-terroristes, même lorsque les agents opèrent dans des contextes civils — une dynamique qui, selon eux, complique la gestion de confrontations à risque faible ou modéré. Cette militarisation progressive des forces d’immigration a été documentée par plusieurs médias spécialisés dans la sécurité intérieure.

Les circonstances du tir mortel restent au centre d’un intense débat national. Le jour de l’incident, Renee Good, citoyenne américaine de 37 ans et mère de trois enfants, était dans son SUV lorsque la confrontation avec des agents fédéraux a dégénéré. Des témoins et des vidéos partagées sur les réseaux montrent Good reculant puis avançant légèrement son véhicule avant que Ross ne tire plusieurs balles, la tuant sur le coup.

Le département de la Sécurité intérieure (DHS) a défendu l’action de Ross comme un acte de légitime défense, prétendent qu’il avait essayé d’éviter d’être heurté par le véhicule de Good. Cette version est contestée par des observateurs de la communauté nationale et internationale, des responsables locaux et des images vidéo diffusées publiquement, ce qui alimente une controverse sur l’usage de la force par ICE.

La mort de Good a déclenché une onde de protestations à Minneapolis et au-delà, avec des appels à une enquête indépendante, des critiques sur la tactique des forces fédérales et une remise en question de la militarisation de l’application des lois d’immigration. La famille de la victime a engagé une firme d’avocats reconnue pour ses travaux dans des affaires de violences policières, demandant transparence et responsabilité.

Pour les défenseurs des droits civiques, ce drame illustre les risques inhérents à des stratégies d’application de la loi qui privilégient des approches agressives — souvent héritées des modèles militaires — dans des contextes civils. Ils demandent des réformes profondes des politiques d’engagement, une transparence accrue des opérations fédérales et une formation remaniée aux méthodes de désescalade.

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

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