Fin du traité nucléaire USA-Russie, le monde entre dans une ère sans contrôle des armements

Publié le 6 février 2026 à 14:00

Avec l’expiration du traité New START, les États-Unis et la Russie se retrouvent sans cadre juridique contraignant pour limiter leurs arsenaux nucléaires. Selon l’ONU, cette rupture marque un « moment grave » et ouvre une ère post-contrôle des armements, où la stabilité stratégique mondiale repose désormais sur des équilibres fragiles et incertains.

Par @sahbymehalla

Fin du traité nucléaire USA-Russie, le monde entre dans une ère sans contrôle des armements

Le dernier garde-fou nucléaire entre Washington et Moscou est tombé. Avec l’expiration officielle du traité New START, le monde entre dans une zone grise stratégique inédite depuis la fin de la guerre froide. Plus de plafonds juridiquement contraignants, plus d’inspections mutuelles obligatoires, plus de mécanisme de transparence structurant entre les deux plus grandes puissances nucléaires de la planète. Un basculement silencieux, mais lourd de conséquences.

Le traité New START, signé en 2010 par les États-Unis et la Russie, limitait à 1 550 le nombre d’ogives nucléaires stratégiques déployées par chaque camp et encadrait strictement les vecteurs capables de les transporter. Il constituait, selon de nombreux diplomates et experts, le dernier pilier encore debout de l’architecture mondiale de contrôle des armements nucléaires. Sa disparition marque la fin d’un cycle entamé il y a plus d’un demi-siècle, au cœur des tensions Est-Ouest.

Le secrétaire général des Nations unies António Guterres a qualifié cette échéance de « moment grave », avertissant que l’humanité se retrouvait désormais sans filet face au risque d’escalade nucléaire. Le message est clair, sans cadre légal, la méfiance stratégique redevient la norme, et l’opacité un facteur de danger.

À Washington comme à Moscou, les autorités assurent vouloir éviter une course aux armements incontrôlée. Des discussions informelles auraient eu lieu afin de maintenir, de facto, certains principes de retenue hérités de New START, mais sans traité formel ni mécanisme de vérification indépendant. Une situation précaire, reposant davantage sur la volonté politique que sur le droit international.

Le Kremlin reconnaît la nécessité de reprendre des négociations sur les armes nucléaires stratégiques, tout en soulignant que le contexte géopolitique actuel — marqué par la guerre en Ukraine et une dégradation profonde des relations avec l’Occident — rend tout accord formel extrêmement complexe. En clair, le dialogue existe encore, mais la confiance, elle, est largement érodée.

Pour les analystes, l’enjeu dépasse largement le tête-à-tête américano-russe. La fin de New START ouvre une ère post-contrôle des armements dans laquelle d’autres puissances nucléaires, notamment la Chine, pourraient renforcer leurs capacités sans contrainte multilatérale équivalente. Le Belfer Center de Harvard souligne que l’absence de limites chiffrées et d’inspections accroît le risque de mauvaises interprétations, d’erreurs de calcul et, à terme, d’escalade involontaire.

En Europe, cette nouvelle donne ravive les interrogations sur la dissuasion, la sécurité collective et le rôle des alliances. Sans cadre global, la stabilité stratégique repose désormais sur des équilibres plus fragiles, dépendants des rapports de force et des signaux politiques envoyés par les capitales.

Le monde n’est pas encore entré dans une nouvelle course aux armements déclarée. Mais il a clairement quitté l’ère des garde-fous institutionnels. L’après-New START ne se jouera pas seulement dans les arsenaux, mais dans la capacité — ou l’incapacité — des grandes puissances à réinventer des règles communes dans un paysage international profondément fracturé. Une équation dangereuse, où le temps joue rarement en faveur de la retenue.

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

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