Une juge force l’administration Trump à rétablir l’exposition sur l’esclavage liée à George Washington

Publié le 17 février 2026 à 16:36

Une juge fédérale inflige un revers historique à l’administration Trump et relance la bataille brûlante autour de la mémoire de l’esclavage aux États-Unis.

Par @sahbymehalla

Une juge force l’administration Trump à rétablir l’exposition sur l’esclavage liée à George Washington

Bien que la maison ait été démolie en 1832, ses fondations restent visibles dans cette exposition. Photo du National Park Service, cliché réalisé par Joseph E.B. Elliott.

 

Une juge fédérale américaine a ordonné le rétablissement d’une exposition consacrée aux neuf personnes réduites en esclavage par George Washington dans sa résidence de Philadelphie, retirée le mois dernier par l’administration Trump. La décision, rendue le jour du Presidents Dayfête nationale honorant l’héritage du premier président des États-Unis — constitue un revers juridique majeur pour la Maison Blanche dans la bataille autour de la mémoire historique et du contenu des sites fédéraux.

La ville de Philadelphie avait saisi la justice en janvier après que le National Park Service eut démonté les panneaux explicatifs d’Independence National Historical Park, lieu où George et Martha Washington vécurent avec leurs esclaves dans les années 1790, lorsque la ville servait temporairement de capitale fédérale. Cette suppression faisait suite à un décret présidentiel visant à « rétablir la vérité et la raison dans l’histoire américaine » dans les musées, parcs et monuments nationaux, et demandant d’écarter les contenus susceptibles de « dénigrer de manière inappropriée les Américains, passés ou présents ».

Dans sa décision, la juge fédérale Cynthia Rufe a ordonné que tous les éléments retirés soient remis en place dans leur état d’origine pendant l’examen de la légalité de leur suppression. Elle a également interdit à l’administration d’installer des versions alternatives proposant une lecture différente de l’histoire.

Nommée par le président républicain George W. Bush, la magistrate a ouvert son ordonnance par une citation du roman dystopique 1984 de George Orwell, comparant l’argumentaire du gouvernement à celui d’un « ministère de la Vérité » réécrivant les faits historiques pour les aligner sur son propre récit. Elle avait déjà averti les avocats du ministère de la Justice lors d’une audience en janvier que leurs déclarations — affirmant que l’exécutif pouvait choisir quelles parties de l’histoire nationale montrer dans les sites fédéraux — étaient « dangereuses » et « horrifiantes ».

Le ministère de l’Intérieur n’a pas immédiatement réagi à la décision, rendue alors que les administrations fédérales étaient fermées pour le jour férié. Aucun calendrier précis n’a été fixé pour la remise en place de l’exposition, et le gouvernement peut encore faire appel.

Ce site historique s’inscrit dans une série de lieux où des contenus relatifs à l’esclavage, aux peuples autochtones qui ont été discrètement retirés. Au Grand Canyon, des panneaux expliquant que des tribus amérindiennes avaient été chassées de leurs terres pour créer le parc ont disparu.

Créée il y a une vingtaine d’années dans le cadre d’un partenariat entre la municipalité et les autorités fédérales, l’exposition de Philadelphie présentait des éléments biographiques sur chacun des neuf esclaves détenus par les Washington, dont deux avaient réussi à s’enfuir. Parmi eux figurait Oney Judge, née en esclavage à Mount Vernon et évadée en 1796 vers le New Hampshire, État libre. Déclarée fugitive par George Washington, elle fit l’objet d’avis de recherche publiés pour obtenir sa capture.

Son histoire avait conduit le National Park Service à intégrer en 2022 le site de Philadelphie au réseau national des lieux de l’Underground Railroad, destiné à « honorer, préserver et promouvoir l’histoire de la résistance à l’esclavage par la fuite ». Selon la juge Rufe, la suppression des informations la concernant « dissimule des éléments essentiels reliant le site » à ce réseau mémoriel.

Après le retrait des plaques le 22 janvier — effectuée au pied-de-biche par des employés fédéraux — seuls les noms gravés dans le mur en béton des neuf personnes réduites en esclavage restaient visibles.

La décision a été saluée par plusieurs responsables politiques locaux et figures de la communauté afro-américaine, réunis en manifestation sur le site au moment du jugement. Le représentant démocrate de Pennsylvanie Malcolm Kenyatta a dénoncé une tentative de « blanchir l’histoire », estimant que la mobilisation citoyenne avait permis de préserver l’intégrité du récit historique.

Cette affaire illustre la confrontation croissante aux États-Unis autour du contrôle du récit national dans les institutions culturelles fédérales, entre volonté de réévaluation critique du passé et offensive politique contre ce qui est perçu par certains comme une relecture idéologique de l’histoire.

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

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