Entre négociations à Genève et démonstration de force dans le détroit d’Ormuz, Téhéran dévoile la stratégie militaire qui pourrait défier la puissance navale américaine et bouleverser l’équilibre régional.
Par @sahbmehalla
Les négociations indirectes entre Téhéran et Washington à Genève avancent dans un climat de démonstration de force soigneusement calibrée dans le Golfe. La menace réitérée du guide suprême iranien Ali Khamenei de « couler les porte-avions américains » remet au centre du jeu la doctrine militaire que la République islamique affirme avoir préparée pour une confrontation de haute intensité.
Les déclarations du dirigeant iranien s’inscrivent dans son rôle de commandant en chef des forces armées et renvoient à des plans opérationnels déjà testés lors de manœuvres précédentes. Le scénario avancé par les autorités iraniennes repose d’abord sur la guerre des détroits, le déploiement massif de mines navales dans le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour près d’un cinquième du pétrole mondial, viserait à entraver la mobilité des groupes aéronavals et à les exposer dans des zones de navigation étroites.
À cette capacité s’ajouterait un arsenal de missiles balistiques dotés d’ogives lourdes dépassant parfois la tonne, ainsi que des missiles mer-mer conçus pour frapper des cibles mobiles. Ces systèmes, régulièrement exhibés lors d’exercices militaires, constituent l’ossature de la stratégie iranienne dite de saturation, qui privilégie les frappes simultanées plutôt qu’une attaque isolée.
Dans cette logique asymétrique, l’Iran miserait également sur des essaims de vedettes rapides et d’embarcations suicides armées de roquettes, destinées à submerger les défenses aériennes et navales d’un porte-avions et de son escorte. Une tactique pensée pour compenser l’écart technologique avec la marine américaine en multipliant les vecteurs d’attaque.
Face à l’USS Abraham Lincoln, déjà déployé, Washington aurait décidé d’envoyer l’USS Gerald Ford dans la région, tandis que des informations évoquent l’arrivée possible d’un troisième groupe aéronaval, accentuant la pression militaire.
Cette montée en puissance s’inscrit dans le cadre de manœuvres navales des Gardiens de la révolution dans le détroit d’Ormuz. L’agence iranienne Fars a fait état d’une fermeture partielle et temporaire du passage pour des raisons de sécurité maritime durant les exercices. Le commandement naval des Gardiens a par ailleurs affirmé être prêt à bloquer totalement le détroit si les plus hautes autorités iraniennes en donnaient l’ordre.
Pour plusieurs analystes, cette séquence relève autant du signal politique que du message sécuritaire. L’objectif de Téhéran serait de maintenir une posture de fermeté tout en poursuivant les discussions diplomatiques sur le nucléaire et la levée des sanctions, sans apparaître en position de faiblesse.
Du côté iranien, d’anciens responsables diplomatiques estiment que ces mesures répondent au renforcement du dispositif militaire américain – porte-avions, sous-marins et bombardiers – et s’inscrivent dans ce que Téhéran considère comme son droit à la défense. La République islamique continue d’afficher sa préférence pour la voie des négociations, tout en prévenant qu’une confrontation éventuelle aurait un coût élevé pour ses adversaires.
En toile de fond, des informations évoquent l’arrivée régulière d’équipements militaires russes et chinois depuis la « guerre des 12 jours » de juin dernier, ainsi qu’un rôle accru de Pékin dans le développement de certaines capacités balistiques iraniennes. Une dynamique qui reflète l’approfondissement d’un partenariat stratégique trilatéral dans un contexte de tensions régionales accrues.
ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA
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