Washington et Téhéran valident des principes communs mais les lignes rouges persistent, ouvrant une phase décisive aux enjeux géopolitiques majeurs.
Par @sahbymehalla
Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi s’adresse aux journalistes lors d’une conférence de presse à Istanbul, en Turquie. Photo : Khalil Hamra/AP
La deuxième session de négociations indirectes entre l’Iran et les États-Unis s’est achevée mardi à Genève, ouvrant la voie à la rédaction possible d’un futur accord sur le nucléaire iranien. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a annoncé que les deux parties avaient trouvé un terrain d’entente sur des « principes communs » qui serviront de fondation à un texte encore à négocier, tout en reconnaissant la persistance de divergences sur plusieurs dossiers sensibles.
Selon la télévision d’État iranienne, les délégations américaine et iranienne ont quitté l’ambassade d’Oman, qui jouait le rôle de médiateur dans ces discussions indirectes. Dans sa première réaction officielle, le chef de la diplomatie omanaise, Badr Al-Busaidi, a salué « de bons progrès » et indiqué que les deux camps repartent avec « des étapes claires » en vue du prochain cycle de pourparlers. Sur le réseau X, il a évoqué des « efforts sérieux » pour définir des lignes directrices menant à un accord final entre Téhéran et Washington.
Côté américain, un responsable de la Maison-Blanche cité par Axios a confirmé des avancées, tout en soulignant que de nombreux points techniques restaient à trancher. Téhéran devrait, selon cette source, revenir dans deux semaines avec des propositions détaillées destinées à combler les lacunes encore en suspens.
Lors d’une conférence de presse à Genève, Abbas Araghchi a décrit des discussions « plus sérieuses » que lors du précédent round, dans une « atmosphère constructive ». Il a toutefois prévenu que l’accord sur des principes généraux ne signifiait pas une conclusion imminente. « Nous avons désormais une trajectoire claire, mais certaines positions demeurent éloignées », a-t-il insisté, qualifiant la phase de rédaction du texte final de « difficile et sensible ».
Le chef de la diplomatie iranienne a réaffirmé que son pays ne cherchait ni à fabriquer ni à acquérir l’arme nucléaire, tout en dénonçant les frappes américaines contre des installations nucléaires iraniennes protégées, qu’il a qualifiées de « crimes de guerre ». Il a également précisé que toute inspection des sites nucléaires nécessiterait un accord avec l’Agence internationale de l’énergie atomique, avec laquelle Téhéran entend poursuivre un « dialogue constructif ».
Sur le volet sécuritaire, Araghchi a mis en garde contre les conséquences régionales d’une éventuelle attaque américaine et appelé à la réduction de la présence militaire des États-Unis au Moyen-Orient.
En parallèle, le guide suprême Ali Khamenei a jugé « erroné » de vouloir prédire l’issue des négociations. Répondant aux menaces du président Donald Trump, il a affirmé que l’Iran était capable de « couler un porte-avions américain » et que les capacités balistiques du pays relevaient d’une « affaire intérieure ». Il a également défendu le droit de l’Iran à développer une industrie nucléaire à des fins civiles, rejetant toute ingérence de Washington sur ce point.
De son côté, le président américain a confirmé la poursuite de discussions indirectes, les qualifiant de « très importantes », et dit espérer que Téhéran fera preuve de « davantage de rationalité ».
Téhéran insiste pour que ces négociations restent strictement centrées sur le dossier nucléaire. Le maintien du programme d’enrichissement d’uranium constitue une « ligne rouge », tout comme la levée complète des sanctions américaines, présentée comme une condition indissociable de tout accord. La composition de la délégation iranienne, incluant des experts économiques, techniques et juridiques, souligne le poids de ces questions dans les discussions.
La présence à Genève du directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, est perçue par la partie iranienne comme un facteur susceptible de faciliter l’avancée du processus diplomatique, alors que les négociations entrent dans une phase plus technique et détaillée.
ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA
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