Face au risque d’escalade militaire avec Téhéran, le Congrès américain tente de reprendre la main sur le pouvoir de guerre présidentiel, révélant une bataille institutionnelle majeure à Washington et un moment critique pour la sécurité régionale.
Par @sahbymehalla
Le 118ᵉ Congrès est l’un des moins efficaces de l’histoire. Photo : Tom Williams / CQ-Roll Call via Getty Images.
Le Congrès américain se prépare à un vote la semaine prochaine sur un projet de résolution visant à empêcher le président Donald Trump de lancer une attaque contre l’Iran sans autorisation préalable des parlementaires, alors que Washington renforce son dispositif militaire en prévision d’une possible confrontation avec Téhéran en cas d’échec des efforts diplomatiques.
Fin du mois dernier, le sénateur démocrate de Virginie Tim Kaine et le sénateur républicain du Kentucky Rand Paul ont présenté au Sénat un texte interdisant toute action militaire contre l’Iran sans un mandat explicite du Congrès sous la forme d’une déclaration de guerre.
Dans un communiqué publié vendredi, Tim Kaine a estimé, en référence au déploiement d’actifs militaires américains vers la région, que « si certains de mes collègues soutiennent la guerre, ils doivent avoir le courage de voter pour et d’en assumer la responsabilité devant leurs électeurs, au lieu de se cacher sous leur bureau ».
Un de ses collaborateurs a toutefois précisé qu’aucun calendrier n’avait encore été fixé pour l’examen du texte au Sénat.
À la Chambre des représentants, le républicain Thomas Massie, élu du Kentucky, et le démocrate Ro Khanna, représentant de Californie, ont annoncé leur intention de pousser à un vote sur une résolution similaire dès la semaine prochaine. Dans un message publié sur la plateforme X, Khanna a affirmé que « des responsables de l’administration Trump évoquent une probabilité de 90 % de frappes contre l’Iran. Il ne peut pas agir sans l’approbation du Congrès ».
Plusieurs tentatives similaires, portées par des élus des deux partis, ont déjà échoué par le passé. Les partisans de Donald Trump, qui disposent d’une courte majorité dans les deux chambres, estiment en effet que le Congrès ne doit pas restreindre les prérogatives présidentielles en matière de sécurité nationale.
La Constitution américaine confère pourtant au Congrès — et non au président — le pouvoir d’engager le pays dans une guerre, à l’exception d’opérations militaires limitées relevant de la défense immédiate.
Sur le terrain, le porte-avions américain USS Gerald Ford, le plus grand au monde, a été aperçu entrant en Méditerranée vendredi dans le cadre du renforcement du dispositif militaire ordonné par la Maison-Blanche, un mouvement qui alimente les spéculations sur une possible frappe contre l’Iran.
Le même jour, Donald Trump a adressé un message aux autorités iraniennes au sujet des négociations sur le nucléaire, affirmant « qu'il serait préférable pour eux de négocier un accord équitable », tout en réitérant son avertissement selon lequel « de mauvaises choses se produiront » en l’absence d’entente.
Selon des informations publiées la semaine dernière, l’armée américaine se prépare à des opérations susceptibles de durer plusieurs semaines si le président donnait l’ordre d’attaquer l’Iran.
Parallèlement, des analyses évoquent plusieurs scénarios, allant de frappes ciblées à une campagne militaire prolongée pouvant s’apparenter à un troisième conflit du Golfe. Des experts militaires estiment qu’une opération limitée pourrait rapidement se transformer en guerre d’usure régionale, dans un contexte de mobilisation militaire sans précédent et de tensions croissantes.
De son côté, Téhéran a saisi les Nations unies pour dénoncer ce qu’il qualifie de menaces américaines accrues et a prévenu qu’il répondrait « de manière proportionnée » à toute agression, tenant Washington pour responsable d’une éventuelle escalade.
ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA
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