Une bataille judiciaire explosive s’ouvre à New York autour de dizaines de milliers de documents sensibles liés à l’affaire Epstein. Entre arguments constitutionnels, accusations de divulgations partielles et pressions politiques pour la transparence, cette nouvelle offensive de Ghislaine Maxwell pourrait rebattre les cartes d’un scandale mondial aux ramifications toujours plus profondes.
Par @sahbymehalla
Document issu de la publication des dossiers Jeffrey Epstein par le département de la Justice des États-Unis, photographié le mardi 10 février 2026, montrant une image de Ghislaine Maxwell prise en 2019. AP Photo News / Jon Elswick
Les avocats de Ghislaine Maxwell, mondaine britannique actuellement incarcérée, tentent de bloquer la divulgation de près de 90 000 pages de documents liés au financier déchu Jeffrey Epstein, estimant que la loi invoquée pour en imposer la publication viole la Constitution américaine.
Dans un recours déposé vendredi soir devant un tribunal fédéral de Manhattan, la défense cherche à empêcher la levée du secret entourant des pièces issues d’une procédure civile en diffamation intentée il y a une dizaine d’années par Virginia Giuffre, victime d’Epstein aujourd’hui décédée. Le département de la Justice a récemment demandé à un juge d’autoriser leur publication.
Les avocats de Maxwell soutiennent que ces documents — comprenant notamment plus de trente transcriptions de dépositions ainsi que des informations privées d’ordre financier et sexuel — ont été obtenus de manière irrégulière dans le cadre de l’enquête pénale visant leur cliente, alors qu’ils étaient protégés par des ordonnances de confidentialité.
Une partie des éléments issus de cette longue phase d’échanges de preuves avait déjà été rendue publique à la suite d’une décision d’une cour d’appel fédérale. Mais la défense affirme que la loi adoptée par le Congrès en décembre pour contraindre la divulgation massive de documents liés à Epstein porte atteinte au principe constitutionnel de séparation des pouvoirs.
« Le Congrès ne peut pas, par voie législative, priver ce tribunal de son pouvoir ni le décharger de sa responsabilité de protéger ses dossiers contre toute utilisation abusive », écrivent les avocats Laura Menninger et Jeffrey Pagliuca à propos de la loi sur la transparence des dossiers Epstein. « Ni le pouvoir législatif ni l’exécutif ne peuvent empiéter sur l’autorité judiciaire, qui inclut le règlement définitif des litiges. »
Depuis plusieurs semaines, la publication progressive de documents issus des enquêtes pénales a apporté de nouvelles révélations sur des décennies d’abus sexuels commis par Epstein sur des femmes et des adolescentes. Certaines victimes ont toutefois dénoncé la divulgation de leurs noms et données personnelles alors que ceux de leurs agresseurs présumés restaient caviardés.
Au Capitole, plusieurs élus critiquent une transparence partielle, environ la moitié des archives existantes seulement — souvent lourdement expurgées — ont été rendues publiques, malgré les affirmations du département de la Justice selon lesquelles tous les documents disponibles ont été transmis, à l’exception de ceux nécessitant l’autorisation d’un juge.
Virginia Giuffre avait affirmé avoir été contrainte par Epstein à avoir des relations sexuelles avec plusieurs hommes influents, dont le prince Andrew, aujourd’hui connu sous le nom d’Andrew Mountbatten-Windsor. Elle l’avait poursuivi en justice en 2021 pour des faits remontant à ses 17 ans. Le prince avait contesté ces accusations avant qu’un accord amiable ne soit conclu en 2022. Il a été brièvement placé en garde à vue il y a quelques jours dans une affaire distincte de transmission présumée d’informations commerciales confidentielles à Epstein.
Condamnée en décembre 2021 à vingt ans de prison pour trafic sexuel de mineures, Ghislaine Maxwell, aujourd’hui âgée de 64 ans, a été transférée l’été dernier dans un camp pénitentiaire fédéral à sécurité minimale au Texas après avoir participé à deux jours d’entretiens avec le numéro deux du département de la Justice, Todd Blanche.
Il y a deux semaines, elle a refusé de répondre aux questions des élus de la commission de contrôle de la Chambre des représentants lors d’une déposition en visioconférence depuis sa prison, tout en indiquant par l’intermédiaire de son avocat qu’elle était « prête à parler pleinement et honnêtement » en échange d’une mesure de clémence.
ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA
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