L’armée américaine transporte par avion un micro-réacteur nucléaire, Trump accélère le virage vers l’atome

Publié le 22 février 2026 à 17:08

Les États-Unis franchissent une étape spectaculaire dans la course à l’énergie nucléaire mobile. Entre démonstration militaire, révolution industrielle promise et inquiétudes sur la sûreté, ce vol stratégique pourrait redéfinir la production d’électricité à l’ère de l’IA et des data centers.

Par @sahbymehalla

L’armée américaine transporte par avion un micro-réacteur nucléaire, Trump accélère le virage vers l’atome

Un micro-réacteur de Valar Atomics est visible à bord d’un avion C-17, sans combustible nucléaire, sur la base de réserve aérienne de March, en Californie, le dimanche 15 février 2026. Le réacteur a été transporté de la base de March vers la base aérienne de Hill, dans l’Utah. Photo AP News / Matthew Daly

 

Le Pentagone et le département américain de l’Énergie ont procédé pour la première fois au transport aérien d’un micro-réacteur nucléaire de la Californie vers l’Utah, une opération présentée comme une démonstration de la capacité des États-Unis à déployer rapidement l’énergie nucléaire pour des usages militaires et civils.

Ce vol d’environ 1 100 kilomètres, effectué le week-end dernier à bord d’un avion militaire C-17, a permis d’acheminer un micro-réacteur de 5 mégawatts — sans combustible nucléaire — et illustre la volonté de l’administration de Donald Trump de promouvoir l’atome pour répondre à la demande croissante en électricité liée notamment à l’intelligence artificielle et aux centres de données.

Le secrétaire à l’Énergie Chris Wright et le sous-secrétaire à la Défense Michael Duffey, présents lors du transport du réacteur construit par le secteur privé, ont salué cette opération du 15 février comme une avancée majeure pour accélérer l’octroi de licences commerciales aux micro-réacteurs. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à remodeler le paysage énergétique américain.

Donald Trump soutient l’énergie nucléaire, source d’électricité décarbonée qu’il considère comme fiable, tout en restant critique envers les énergies renouvelables et en continuant de privilégier le charbon et les combustibles fossiles.

Ses détracteurs mettent toutefois en garde contre les risques liés au nucléaire. Selon eux, les micro-réacteurs n’ont pas encore prouvé leur viabilité économique ni leur capacité à répondre à la demande en toute sécurité.

Chris Wright a écarté ces critiques, mettant en avant les décrets signés l’an dernier par le président américain. Ces textes lui permettent d’approuver certains projets de réacteurs avancés en retirant une partie des prérogatives de la Commission de réglementation nucléaire, autorité indépendante qui régule le secteur depuis un demi-siècle.

« Aujourd’hui est un jour historique. Une centrale nucléaire de nouvelle génération de plusieurs mégawatts est chargée dans le C-17 derrière nous », a-t-il déclaré avant le vol.

Selon lui, au moins trois micro-réacteurs doivent atteindre la « criticité » — stade où la réaction nucléaire devient auto-entretenue — d’ici au 4 juillet, conformément à la promesse présidentielle.

Les États-Unis comptent actuellement 94 réacteurs nucléaires en fonctionnement, qui produisent environ 19 % de l’électricité du pays, selon l’Energy Information Administration.

Face aux délais de construction des centrales traditionnelles, industriels et pouvoirs publics misent désormais sur des modèles plus compacts et modulaires. Conçus pour être transportables, les micro-réacteurs pourraient fournir une électricité résiliente directement sur des bases militaires, sans dépendre du réseau civil.

Le modèle acheminé dans l’Utah, de la taille d’un minibus, pourra produire jusqu’à 5 mégawatts — de quoi alimenter environ 5 000 foyers — selon Isaiah Taylor, PDG de la start-up californienne Valar Atomics. L’entreprise espère débuter la vente d’électricité à titre expérimental l’an prochain, pour une mise sur le marché complète en 2028.

Plusieurs experts jugent néanmoins que la démonstration reste essentiellement symbolique. Edwin Lyman, spécialiste de la sûreté nucléaire à l’Union of Concerned Scientists, estime que l’opération ne prouve ni la faisabilité, ni la rentabilité, ni la sécurité du projet.

Il souligne notamment l’absence de réponse claire sur le transport sécurisé des réacteurs une fois chargés en combustible ou sur la gestion des déchets nucléaires.

Chris Wright affirme que des discussions sont en cours avec l’Utah et d’autres États pour accueillir des installations de retraitement ou de stockage définitif.

Le micro-réacteur doit désormais être testé au Utah San Rafael Energy Lab, tandis que le combustible sera fourni par le site de sécurité nationale du Nevada.

« La réponse énergétique est toujours, plus », a déclaré Wright, estimant que la nouvelle politique vise à lever les restrictions imposées ces dernières années aux énergies fossiles et à accélérer le déploiement du nucléaire.

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

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