Face aux incursions armées et au risque d’extension du conflit soudanais, N’Djamena scelle sa frontière et tente de contenir une crise humanitaire déjà explosive aux portes du Darfour. Une décision stratégique aux lourdes implications régionales.
Par @sahbymehalla
Réfugiés soudanais dans un camp temporaire au Tchad, à la frontière avec le Soudan (Getty).
Le Tchad a annoncé, lundi, la fermeture de sa frontière avec le Soudan « jusqu’à nouvel ordre », invoquant des incursions répétées et des violations attribuées aux forces en conflit sur le territoire soudanais.
Dans un communiqué, le ministère tchadien de l’Information précise que la mesure entre en vigueur immédiatement et vise à empêcher toute extension des combats vers le territoire national, à protéger les populations tchadiennes ainsi que les réfugiés, et à préserver la stabilité et l’intégrité du pays.
Cette décision intervient alors que l’armée soudanaise et les forces alliées affirment avoir repoussé, il y a deux jours, une attaque des Forces de soutien rapide (RSF) contre la ville frontalière d’Al-Tina, dans l’ouest du Darfour.
Selon une source militaire soudanaise, les RSF ont lancé à l’aube une attaque contre El-Obeid, capitale de l’État du Kordofan du Nord, à l’aide de trois drones kamikazes. Deux appareils auraient été interceptés par la défense de l’armée, tandis que le troisième aurait manqué sa cible, tombant dans une zone dépourvue d’objectifs militaires.
La ville est régulièrement visée par des frappes de drones, toujours selon la même source.
Parallèlement, l’armée soudanaise a déployé des renforts de parachutistes à Ad-Damazin, dans la région du Nil Bleu. L’état-major affirme que ces unités constituent « un apport qualitatif » pour reprendre le contrôle des zones tenues par les RSF.
Des forces alliées aux RSF accusent de leur côté l’armée d’avoir bombardé la localité de Mastariha, au Darfour du Nord.
Le Conseil révolutionnaire de l’éveil a indiqué que des drones des RSF avaient frappé à trois reprises l’hôpital de la ville, ainsi que des habitations civiles, un lieu de réception officiel et même une cérémonie funéraire.
Sur les 18 États soudanais, les RSF contrôlent désormais les cinq États du Darfour, à l’exception de certaines zones du Darfour du Nord encore tenues par l’armée. Cette dernière conserve la main sur la majorité du reste du pays, y compris la capitale Khartoum, où vit l’essentiel des quelque 50 millions d’habitants.
Depuis avril 2023, la guerre entre l’armée régulière et les RSF — née d’un différend sur l’intégration de la milice dans les forces armées — a provoqué l’une des pires crises humanitaires au monde, avec des dizaines de milliers de morts, près de 13 millions de déplacés et un risque de famine généralisée.
Pays parmi les plus pauvres du monde, le Tchad est devenu le premier pays d’accueil de réfugiés en Afrique en proportion de sa population, avec environ 1,4 million de personnes, dont plus de 900 000 ayant fui la guerre au Soudan.
La chute récente de zones frontalières et l’intensification des combats au Darfour ont provoqué une nouvelle vague d’arrivées, accentuant la pression sur les camps déjà surpeuplés.
ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA
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