Pourquoi les dirigeants occidentaux se tournent vers Pékin sous Trump II ?

Publié le 25 février 2026 à 16:01

Entre guerre commerciale américaine et dépendance économique à la Chine, les capitales occidentales réécrivent leur stratégie. Une bascule géopolitique majeure se joue à Pékin, révélant les fractures de l’alliance transatlantique et les contours d’un monde désormais multipolaire.

Par @sahbymehalla

Le président chinois Xi Jinping accueille le chancelier allemand Friedrich Merz à Pékin, le 25 février (Getty).

 

Avec le Nouvel An chinois, les liaisons aériennes entre l’Europe et Pékin affichent complet. La succession de visites de dirigeants occidentaux dans la capitale chinoise dépasse le simple protocole diplomatique, elle traduit un basculement stratégique profond dans un système international secoué par la nouvelle guerre commerciale lancée par Donald Trump. Face aux droits de douane américains et à l’imprévisibilité de Washington, les capitales européennes cherchent en Chine un partenaire capable d’offrir des débouchés économiques et une forme de stabilité.

L’accélération de ces déplacements au début de 2026 apparaît comme une réponse directe au retour de la doctrine « America First ». Les dirigeants occidentaux redoutent désormais un impact existentiel sur leurs économies, fragilisées par les barrières tarifaires américaines et les fluctuations de la politique étrangère des États-Unis. Pékin exploite ce moment en mettant en avant l’ampleur de son marché intérieur et la puissance de son appareil industriel, se présentant comme un partenaire « fiable » et un pôle de stabilité commerciale.

Le chancelier allemand Friedrich Merz est arrivé à Pékin le 25 février 2026 pour relancer une relation bilatérale marquée par un déséquilibre commercial croissant. À la tête d’une délégation d’une trentaine de grandes entreprises, dont Volkswagen et BMW, il cherche à préserver les fondements de l’industrie allemande tout en réclamant des conditions de concurrence plus équitables.

L’enjeu est considérable. En 2025, le déficit commercial allemand vis-à-vis de la Chine a atteint un niveau record de 87 milliards d’euros. Dans le même temps, la Chine est devenue le premier partenaire commercial de l’Allemagne avec un volume d’échanges de 251,8 milliards d’euros, reléguant les États-Unis à la deuxième place.

L’Allemagne, la France et le Royaume-Uni incarnent l’avant-garde de ce recentrage vers l’Est, chacun avec ses propres objectifs. Berlin veut sécuriser ses débouchés industriels. Paris défend la notion de « souveraineté européenne » en diversifiant ses partenariats. Londres, sous pression économique depuis le Brexit, tente de concilier coopération commerciale avec Pékin et alignement stratégique avec Washington.

En parallèle, l’Europe cherche à éviter des représailles chinoises contre le géant néerlandais des semi-conducteurs ASML, très dépendant du marché chinois, tout en négociant des garanties contre une inondation de voitures électriques chinoises.

Le mouvement ne se limite pas au continent européen. Le Canada a signé en janvier 2026 un accord commercial qualifié d’historique avec Pékin, tandis que l’Australie évoque une phase de stabilité « historique » dans ses relations avec la Chine. Même les partenaires les plus proches des États-Unis adoptent désormais une approche pragmatique fondée sur leurs intérêts économiques.

Au cœur de cette recomposition se trouve la maîtrise des chaînes de valeur du futur, véhicules électriques, semi-conducteurs et terres rares. L’Union européenne s’inquiète de sa dépendance croissante aux minerais stratégiques contrôlés par la Chine et du recul de ses entreprises sur le marché chinois. Les visites officielles visent donc à obtenir un accès plus équitable aux matières premières tout en maintenant l’ouverture des marchés occidentaux aux produits chinois.

L’Europe entre deux pôles

La situation actuelle place l’Europe dans une position de tiraillement inédit entre sa dépendance sécuritaire envers l’OTAN et son interdépendance économique avec Pékin. Les menaces de représailles formulées par Donald Trump à l’égard des partenaires qui approfondiraient leurs liens avec la Chine illustrent cette tension.

Pour Pékin, cet afflux de dirigeants occidentaux constitue un succès diplomatique majeur, renforçant son image de défenseur du multilatéralisme et du libre-échange. Pour les capitales occidentales, il s’agit d’une stratégie de « double trajectoire », préserver l’alliance américaine tout en sécurisant leur survie économique.

La question centrale demeure, ces rapprochements résisteront-ils aux pressions de la Maison-Blanche ? Une chose est certaine, ces visites dessinent les contours d’un système international plus fragmenté et résolument multipolaire, où les alliances ne sont plus exclusives mais transactionnelles.

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

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