Iran, la nomination de Mohammad Bagher Zolghadr révèle un virage vers l’escalade et le chaos

Publié le 27 mars 2026 à 16:09

La nomination de Zolghadr révèle un basculement stratégique vers l’aile la plus radicale du régime iranien. Une décision lourde de conséquences géopolitiques.

Par Le Manifest

Iran, la nomination de Mohammad Bagher Zolghadr révèle un virage vers l’escalade et le chaos

Secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Mohammad Bagher Zolghadr. Photo by Majid Saeedi/Getty Images

 

IRAN — Un rapport publié par le quotidien italien Corriere della Sera analyse les implications de la nomination de Mohammad Bagher Zolghadr à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, en remplacement d’Ali Larijani, tué lors d’une frappe aérienne américano-israélienne sur Téhéran le 16 mars 2026.

Selon la journaliste Greta Privitera, qui cite l’universitaire irano-américain Vali Nasr, professeur de relations internationales à l’université Johns-Hopkins, cette nomination envoie un signal clair, celui d’un basculement du pouvoir vers l’aile la plus dure du régime iranien, ancien cadre des Gardiens de la révolution, Zolghadr incarne une ligne sécuritaire et idéologique assumée.

Alors que l’attention internationale se porte davantage sur Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et interlocuteur potentiel dans les échanges avec Washington, Zolghadr apparaît, selon Nasr, comme le véritable centre de gravité du pouvoir opérationnel sur le terrain.

Décrit comme l’un des « faucons » du système, proche du guide suprême Mojtaba Khamenei, sa nomination envoie un message stratégique à l’extérieur, la succession et la consolidation du pouvoir passent désormais par les Gardiens de la révolution.

Ce choix confirme également une dynamique déjà observée après la mort d’Ali Larijani, loin d’affaiblir le régime, l’élimination de figures politiques tend à renforcer l’influence des structures militaires, en particulier celle du corps des Gardiens de la révolution, dont Zolghadr est un membre historique.

Selon l’analyste iranien Babak Vahdat, Zolghadr n’est ni un diplomate ni un technocrate civil, « Il s’est formé au sein des Gardiens, sur les lignes de front, en supervisant des forces irrégulières et des appareils sécuritaires », explique-t-il.

Figure emblématique de l’appareil sécuritaire iranien, Zolghadr fait partie de ces profils hybrides, à la fois militaires et bureaucrates, qui ont circulé entre les différents centres de pouvoir à Téhéran, il aurait notamment joué un rôle dans la répression des manifestations de 1999 et 2009, et contribué à l’ascension politique de Mahmoud Ahmadinejad.

Dès les années 1980, il participe à la création de structures éducatives au sein des Gardiens de la révolution, destinées à former une nouvelle génération de cadres idéologiquement alignés.

Après l’élection d’Ahmadinejad en 2005, Zolghadr intègre le gouvernement comme vice-ministre de l’Intérieur chargé de la sécurité, avant d’être transféré à la tête des forces du Bassidj à la suite de tensions politiques internes.

Entre 2010 et 2012, il rejoint le pouvoir judiciaire en tant que conseiller, puis devient vice-président chargé des affaires stratégiques.

Son parcours illustre une constante, une expertise dans les opérations clandestines, la pression asymétrique et les stratégies de confrontation indirecte.

Il est également l’auteur d’un texte intitulé « L’histoire de l’aliénation occidentale », dans lequel il décrit l’Occident comme un modèle en crise, que l’Iran doit rejeter pour préserver son identité.

Cette semaine, Mehdi Tabatabaei, conseiller du président iranien en communication, a confirmé que la nomination de Zolghadr avait été validée par Mojtaba Khamenei.

Pour les observateurs, Zolghadr s’impose désormais comme une figure centrale du dispositif sécuritaire iranien, membre du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime, il apparaît comme un acteur incontournable dans les décisions stratégiques.

Son arrivée à ce poste stratégique traduit un besoin urgent pour le système iranien de combler le vide laissé par Ali Larijani, dont l’influence politique et sécuritaire rendait sa succession particulièrement complexe.

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