Une offensive terrestre américaine en Iran tournerait au cauchemar stratégique. Analyse d’un scénario explosif entre dissuasion, puissance militaire et négociation sous tension.
Plusieurs unités de l'armée de la République islamique d'Iran participent à l'exercice militaire conjoint à grande échelle Zolfaqar-1403 dans une zone le long de la côte stratégique de Makran, au sud de l’Iran, le 22 février 2025. ©IRNA
MOYEN-ORIENT — Un ancien responsable de l’OTAN estime que toute offensive terrestre américaine en Iran pourrait se transformer en impasse stratégique majeure, tant les capacités militaires et humaines de Téhéran restent significatives.
Selon les déclarations de Nicholas Williams, ex-responsable au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, une invasion terrestre à grande échelle de l’Iran, comparable aux campagnes menées en Irak ou en Afghanistan, demeure hautement improbable.
Dans un entretien accordé à Al Jazeera, il affirme que les plans actuels du Pentagone privilégieraient plutôt des opérations amphibies ciblées, visant des infrastructures stratégiques comme l’île de Kharg et ses installations pétrolières, afin de sécuriser le détroit d’Ormuz et garantir la liberté de navigation.
Dans cette logique, le déploiement potentiel de forces comme les Marines ou des unités aéroportées indiquerait une stratégie de frappes rapides et limitées, conçues pour affaiblir les capacités économiques et militaires iraniennes sans s’enliser dans une occupation prolongée.
Une approche dictée, selon lui, par le coût humain et logistique prohibitif des guerres terrestres de longue durée.
Mais le véritable point de rupture réside dans la capacité de riposte iranienne, malgré les pertes subies, Téhéran disposerait toujours d’un arsenal balistique avancé et de drones capables d’infliger des dégâts significatifs aux forces américaines et à leurs alliés régionaux.
Williams insiste sur un facteur clé souvent sous-estimé, la profondeur humaine du dispositif iranien, notamment via les Gardiens de la révolution et les réserves mobilisables, qui pourraient contraindre toute force d’invasion à adopter une posture défensive permanente.
« L’Iran est en mesure d’écraser des forces américaines si elles s’engagent durablement au sol », avertit-il, soulignant que toute progression en territoire iranien exposerait Washington à une guerre d’usure particulièrement défavorable.
Au-delà du volet militaire, l’expert analyse également la rhétorique de Donald Trump comme relevant d’une stratégie de pression calculée.
Les menaces visant les infrastructures énergétiques iraniennes s’inscriraient dans une logique « d'escalade contrôlée », destinée à forcer Téhéran à revenir à la table des négociations.
Dans un contexte politique intérieur tendu et à l’approche d’échéances électorales, l’objectif serait d’obtenir un accord favorable sans s’engager dans un conflit prolongé.
Cette approche pourrait s’appuyer sur des médiations internationales, notamment via le Pakistan, afin d’éviter un enlisement militaire susceptible d’éroder la crédibilité stratégique des États-Unis à l’échelle mondiale.
Par ailleurs, l’OTAN, selon Williams, resterait volontairement en retrait face à cette dynamique.
Les alliés européens redouteraient en effet les conséquences économiques et sécuritaires d’un conflit ouvert avec l’Iran, ainsi qu’un déséquilibre durable de l’ordre international, une position qui traduit aussi un malaise face à une initiative américaine perçue comme insuffisamment concertée.
Depuis le 28 février, le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran s’est intensifié, sur fond d’accusations liées aux programmes nucléaire et balistique iraniens.
Téhéran a riposté par des frappes de missiles et de drones visant Israël et des intérêts américains dans la région, contribuant à une escalade régionale aux répercussions globales.
Dans ce contexte, la perspective d’une intervention terrestre apparaît moins comme une option opérationnelle réaliste que comme un levier stratégique dans un bras de fer où la dissuasion, la pression économique et la diplomatie restent les véritables champs de bataille.
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