Washington durcit le ton face à Téhéran avec une exigence choc sur le nucléaire. Entre pressions, blocages et médiations, un accord reste incertain. Plongée dans des négociations à haut risque.
Photo prise par Jacquelyn Martin – Pool / Getty Images
FOCUS MONDE — MOYEN-ORIENT — Lors des négociations tenues ce week-end à Islamabad, les États-Unis ont proposé à l’Iran d’accepter un moratoire de 20 ans sur l’enrichissement d’uranium, selon un responsable américain et une source proche du dossier.
Téhéran aurait réagi en proposant une durée plus courte, limitée à « un chiffre unique » d’années, d’après ces mêmes sources.
Les divergences autour du programme nucléaire iranien — notamment la question de l’arrêt de l’enrichissement d’uranium et de l’abandon des stocks existants — constituent le principal obstacle à la conclusion d’un accord.
Dans ce contexte, des médiateurs pakistanais, égyptiens et turcs tentent désormais de combler les écarts restants afin d’aboutir à un accord avant la fin du cessez-le-feu prévue le 21 avril.
Parallèlement, le président Donald Trump a annoncé un blocus contre l’Iran, dans le but de renforcer la pression américaine dans les négociations. « Il y a un engagement continu entre les États-Unis et l’Iran, avec une dynamique vers un accord », a déclaré un responsable américain.
Depuis la Maison-Blanche, Donald Trump a affirmé avoir été contacté « par les bonnes personnes en Iran », ajoutant que celles-ci souhaitaient parvenir à un accord.
En coulisses, l’exigence américaine d’un gel de l’enrichissement sur 20 ans s’est imposée comme un point central des discussions intensives du week-end. « Les États-Unis ont proposé au minimum 20 ans, accompagnés de nombreuses autres restrictions », confie une source informée.
Washington a également exigé le retrait de tout uranium hautement enrichi du territoire iranien. De leur côté, les négociateurs iraniens ont proposé un « processus surveillé de dilution » de ces stocks, selon deux sources proches des discussions.
Malgré l’absence d’accord, les responsables iraniens pensaient être proches d’un compromis dimanche matin. Ils auraient été surpris par la conférence de presse du vice-président JD Vance, qui n’a laissé entrevoir aucun progrès, imputant la responsabilité à l’Iran et annonçant le départ de la délégation américaine d’Islamabad. Une réaction qui a provoqué la colère de Téhéran, selon une source informée.
Du côté iranien, le député Seyyed Mahmoud Nabavian, membre de l’équipe de négociation, a confirmé que les exigences américaines sur le nucléaire avaient bloqué les discussions.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré avoir échangé avec JD Vance, qui lui aurait indiqué que le principal point de friction concernait le retrait complet de l’uranium enrichi et l’arrêt de toute activité d’enrichissement « pour les années à venir, voire des décennies ».
Aucune réaction officielle immédiate n’a été communiquée par la Maison-Blanche.
Sur le front diplomatique, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a assuré que les médiateurs poursuivaient leurs efforts pour rapprocher les positions.
Le ministre égyptien des Affaires étrangères Badr Abdelatty, acteur clé de la médiation, est attendu à Washington cette semaine pour rencontrer le secrétaire d’État Marco Rubio ainsi que d’autres hauts responsables.
De leur côté, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan et le chef du renseignement Ibrahim Kalin participent également aux efforts de médiation.
Hakan Fidan a déclaré à l’agence Anadolu que « les positions initiales sont souvent maximalistes », avant d’ajouter que les parties cherchent ensuite un terrain d’entente avec le soutien des médiateurs. Selon lui, les deux camps semblent sincères dans leur volonté de maintenir un cessez-le-feu.
Il estime que l’Iran devrait répondre à la proposition américaine dans les prochains jours, évoquant la possibilité d’une prolongation du cessez-le-feu de 45 à 60 jours pour permettre la poursuite des négociations.
« Si la question nucléaire devient un enjeu du tout ou rien, notamment sur l’enrichissement, cela pourrait constituer un obstacle majeur. Nous tenterons de le surmonter avec le soutien des médiateurs et d’autres pays », a-t-il averti.
ÉCRIT PAR LE MANIFEST
Tags : Iran nucléaire • États-Unis Iran • négociations nucléaires • enrichissement uranium • tensions géopolitiques
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