« L’âme humaine n’a pas de tuteur. Au-delà des politiques de casting et du marketing identitaire, seule la rigueur de l'acte définit notre véritable légitimité. »
Par @christkibeloh
Le spectacle politique actuel offre la radiographie préoccupante d’une pathologie que je diagnostiquais déjà dans mon essai : cette difficulté de nos sociétés à voir l’être avant l’avoir, l’âme avant l’origine, et la compétence avant le pigment.
Récemment, l’émoi suscité par l’accession de figures issues de la diversité à des fonctions de haute responsabilité a révélé une fragilité intellectuelle profonde. D’un côté, une indignation qui trahit un paternalisme d’un autre âge ; de l’autre, une mise en scène qui s’apparente parfois à une opération de marketing identitaire. Dans ce tumulte, une voix manque singulièrement : celle de la lucidité souveraine.
Nous sommes entrés dans l’ère du casting permanent. On semble parfois chercher des symboles de vitrine plutôt que des bâtisseurs de projets. On sollicite des visages venus d’ailleurs pour illustrer une ouverture, mais une fois le rideau tombé, ces individus risquent de rester les passagers d’un véhicule dont ils ne tiennent pas le volant. L’inclusion, sans le partage réel de la décision, n’est qu’une décoration que l’on range dès que les projecteurs s’éteignent. La France mérite mieux que cette figuration ; elle mérite des talents qui agissent en pleine possession de leur légitimité.
Il est fascinant de constater que ceux qui se drapent dans le manteau de la bienveillance sont parfois les premiers à s’insurger lorsqu’un homme refuse le script écrit pour lui. On lui conteste le droit à la nuance ou à la dissidence, comme si l’origine biologique devait dicter la pensée. C’est une insulte faite à l’intelligence : l’âme humaine n’a pas de tuteur. Ce regard qui prétend protéger ceux qu’il s’acharne, en réalité, à enfermer dans une case, est un frein à notre destin commun.
Il existe une frontière invisible qu’il nous faut briser : celle de la légitimité. On accepte l’exilé comme une force d’appui, mais on s’en étonne dès qu’il saisit le volant des responsabilités. Soudain, le citoyen accompli est renvoyé à une « étrangeté » par ceux qui ne voient plus la compétence, mais seulement une place qu’ils croient « prise », alors qu’elle a été conquise par la rigueur.
À cet égard, imposer à l’exilé un choix entre sa terre d’origine et sa terre d’accueil est une méprise. On ne construit pas un citoyen solide en lui demandant de bâtir sur l’oubli de sa propre mémoire. La véritable intégration n’est pas une soustraction de soi, mais une addition d’horizons. La France ne s’affaiblit pas de ces doubles racines ; elle s’en nourrit pour devenir ce pont vivant entre les rives du monde.
Mon regard n’est pas celui d’une plainte. Je ne viens pas quémander une place. La seule nation qui devrait nous réunir est celle de la compétence. La rigueur n’a pas de passeport ; pourtant, le système s’obstine trop souvent à scruter l’emballage pour éviter d’affronter la profondeur du contenu.
L’urgence est de redevenir les architectes de nos propres trajectoires. Le monde ne changera pas son regard tant que nous n’aurons pas imposé notre propre vision : celle d’une humanité jugée sur la force de ses actes et sa capacité à construire des ponts là où d’autres s’acharnent à ériger des murs.
kibeloh_auteur
Écrivain, auteur de « Mon regard sur le monde »
« Ce texte est une tribune libre issue de mon essai "Mon regard sur le monde", visant à réintroduire le doute critique radical dans le débat sur l'identité et la légitimité. »
Image : Christ Kibeloh, auteur de Mon regard sur le monde.
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