Une frappe contre la méga-raffinerie saoudienne de Ras Tanura fait trembler les marchés énergétiques mondiaux, propulse le baril à la hausse et ravive le spectre d’un choc durable sur l’approvisionnement en pétrole et en gaz. Découvrez pourquoi cette escalade pourrait impacter les prix à la pompe, l’Europe et l’Asie dans les prochaines semaines.
Par Sahby Mehalla
Réservoirs de stockage et installations de traitement du pétrole de la raffinerie et du terminal pétrolier de Ras Tanura exploités par Saudi Aramco, à Ras Tanura, en Arabie saoudite. Simon Dawson / Bloomberg / Getty Images.
Une raffinerie saoudienne parmi les plus importantes au monde a subi des dégâts qualifiés de « limités » dans la nuit à la suite d’une attaque attribuée à l’Iran, selon l’agence de presse officielle du royaume. L’événement marque une nouvelle étape dans l’escalade régionale et ravive immédiatement les tensions sur les marchés de l’énergie.
L’impact dépasse largement le cadre local. Pour Torbjorn Soltvedt, analyste principal chez Verisk Maplecroft, cette frappe contre le site de Ras Tanura constitue un tournant stratégique, les infrastructures énergétiques du Golfe étant désormais directement dans la ligne de mire de Téhéran. Dans un contexte de frappes simultanées, notamment au Qatar, la hausse des prix du carburant aux États-Unis apparaît désormais inévitable, même si son ampleur dépendra de la trajectoire du baril dans les prochaines semaines.
Selon l’agence de presse saoudienne, la raffinerie a été touchée par des débris provenant de l’interception de deux drones à proximité. Un incendie, rapidement maîtrisé, n’a fait aucun blessé. Par mesure de précaution, certaines unités opérationnelles ont toutefois été mises à l’arrêt, ce qui alimente les inquiétudes sur l’offre mondiale.
Téhéran dément toute implication. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Majid Takht-Ravanchi, affirme que son pays « n’est pas responsable de l’attaque contre les installations pétrolières saoudiennes », précisant que des échanges avaient déjà eu lieu avec Riyad sur ce dossier lors d’un entretien accordé à CNN.
Dans le même temps, QatarEnergy annonce que deux de ses installations ont été visées et que la production de gaz naturel liquéfié ainsi que des produits associés est suspendue. L’entreprise publique représente à elle seule près de 20 % des exportations mondiales de GNL, ce qui accentue la portée systémique de la crise.
Sur les marchés, la réaction a été immédiate. Le Brent, référence mondiale, a brièvement atteint 82 dollars le baril à l’ouverture avant de refluer, puis de repartir à la hausse après la confirmation de l’attaque. Il s’échange désormais autour de 79 dollars, soit une progression d’environ 9 % depuis la clôture de vendredi. Cette hausse, encore contenue, montre toutefois que les investisseurs n’anticipent pas à ce stade un scénario catastrophe impliquant des destructions massives et durables des capacités pétrolières du Golfe.
La raffinerie de Ras Tanura dispose d’une capacité de traitement de 550 000 barils par jour et se situe à proximité d’un important complexe d’exportation de brut. Elle constitue un fournisseur clé de carburants de transport, notamment de diesel pour l’Europe, tout en produisant également de l’essence en quantités plus modestes.
La menace s’étend désormais au trafic maritime. Des navires évitent déjà le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près d’un quart du commerce mondial de pétrole transporté par voie maritime. Sans même un blocage physique, les primes d’assurance des pétroliers flambent et des attaques contre des navires ont été signalées à proximité de cette route vitale.
Les répercussions énergétiques sont globales. La flambée des prix du gaz en Europe fait craindre le choc le plus grave depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, tandis que l’Asie pourrait être confrontée à des pénuries si la situation militaire perdure. L’analyste Ellen Wald estime que plusieurs semaines d’évitement du détroit d’Ormuz suffiraient à provoquer de fortes tensions sur l’approvisionnement, avec à la clé des hausses de prix majeures et un risque réel de manque de brut et de produits raffinés.
Même sans frappes directes sur les grandes capacités de production ou d’exportation, le conflit était déjà en mesure d’ébranler les marchés. L’attention se porte désormais sur un point central, l’éventualité de nouvelles attaques contre des infrastructures énergétiques, quel qu’en soit l’auteur.
ÉCRIT PAR SAHBY MEHALLA
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