Missiles, drones, infrastructures stratégiques visées… Abou Dhabi envisage une riposte militaire inédite contre Téhéran, tandis que la guerre s’étend à tout le Golfe et menace l’équilibre énergétique mondial.
Par Sahby Mehalla
Dubaï sous tension, panache de fumée au-dessus du port de Jebel Ali après des interceptions de missiles et de drones attribuées à l’Iran, illustration générée par IA pour Le Manifest.
Les Émirats arabes unis étudient l’hypothèse d’une action militaire visant à stopper les frappes iraniennes de missiles et de drones contre leur territoire, rapportent deux sources proches du dossier citées par Axios. Une telle décision constituerait un précédent stratégique majeur pour Abou Dhabi.
Selon ces sources, l’option d’une frappe émiratie reflète la colère croissante des monarchies du Golfe face aux attaques iraniennes visant des infrastructures civiles ainsi que des installations pétrolières et gazières. Depuis le début du conflit, les Émirats auraient été la cible la plus visée par Téhéran, davantage encore qu’Israël.
« Les Émirats envisagent des mesures défensives actives contre l’Iran. Bien qu’ils ne soient impliqués dans la guerre d’aucune manière, ils ont néanmoins subi 800 projectiles », indique une source familière des discussions internes à Abou Dhabi. « Aucun pays au monde ne s’abstiendrait d’évaluer sa posture défensive dans de telles circonstances », ajoute-t-elle.
D’après les éléments rapportés, l’Iran aurait attaqué dès le premier jour de la guerre les Émirats, le Koweït, le Qatar et Bahreïn. Le lendemain, les frappes se seraient étendues à Oman et à l’Arabie saoudite. Le Qatar aurait suspendu la majeure partie de sa production de gaz naturel, tandis qu’un drone iranien aurait frappé l’ambassade américaine à Riyad.
À Dubaï, des débris issus d’interceptions de missiles ont provoqué des incendies dans le port de Jebel Ali. Un drone a également touché un hôtel de luxe sur l’île artificielle de Palm Jumeirah, symbole du soft power émirati.
Des responsables israéliens estiment que l’Arabie saoudite pourrait à son tour envisager une riposte militaire. Sur le réseau X, Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président émirati, a qualifié les attaques iraniennes contre les États du Golfe de « mauvais calcul » ayant isolé Téhéran « à un moment critique ».
Il a ajouté que cette escalade « renforce l’idée que le programme balistique iranien constitue une source permanente d’instabilité régionale ».
Le ministère émirati de la Défense affirme que l’Iran a lancé 186 missiles balistiques contre le pays, 172 auraient été interceptés, 13 seraient tombés en mer et un seul aurait atteint le territoire national. Par ailleurs, 812 drones auraient été détectés, dont 755 interceptés et 57 ayant touché le sol émirati. Trois ressortissants étrangers ont été tués et environ 70 personnes blessées.
Abou Dhabi « se réserve le droit plein et entier de répondre à cette escalade et de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger son territoire, ses citoyens et ses résidents », a déclaré le ministère.
Les frappes de représailles iraniennes ont transformé le conflit en crise régionale majeure, entraînant dans la spirale des États qui n’avaient initialement aucune intention de participer aux hostilités. Depuis le début de la campagne de bombardements menée par les États-Unis et Israël, l’Iran a visé des bases américaines et d’autres cibles aux Émirats, à Bahreïn, au Koweït, au Qatar, à Oman, en Jordanie, en Arabie saoudite et en Irak, y compris dans la région kurde.
Le président américain a indiqué que l’opération militaire baptisée « Epic Fury » pourrait durer quatre à cinq semaines, laissant entrevoir un conflit susceptible de s’intensifier davantage.
À ce stade, la question n’est plus de savoir si la guerre s’étend, mais jusqu’où. Le Golfe, pilier énergétique mondial, se retrouve désormais en première ligne d’un affrontement dont l’onde de choc dépasse largement la région.
ÉCRIT PAR SAHBY MEHALLA
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