Pourquoi l’Iran n’utilise-t-il pas ses missiles comme prévu ? Derrière cette stratégie surprenante se cache une tactique militaire visant à épuiser les défenses américaines et israéliennes tout en préservant son arsenal. Une guerre d’usure se dessine.
Par Le Manifest
Majid Saeedi/Getty Images
Dans la guerre qui oppose l’Iran aux États-Unis et à Israël depuis une dizaine de jours, l’usage des missiles et des drones par Téhéran surprend les analystes militaires.
Alors que beaucoup s’attendaient à des frappes massives capables de saturer les défenses adverses, l’Iran semble privilégier une stratégie plus dispersée, visant à préserver ses capacités offensives tout en épuisant les systèmes d’interception occidentaux.
Les drones et les missiles constituent en effet le cœur de la réponse militaire iranienne face aux frappes américaines et israéliennes, leur utilisation diffère nettement des scénarios anticipés au début du conflit.
L’armée iranienne, fortement ciblée par les bombardements aériens américains et israéliens, chercherait désormais à conserver ce qui reste de son arsenal.
La principale surprise tient au fait que l’Iran n’a pas tenté de submerger les défenses aériennes des pays du Golfe. Téhéran a plutôt choisi « d'étaler ses frappes » ou de concentrer certaines attaques sur les Émirats arabes unis, un pays qui parvient néanmoins à intercepter la majorité des projectiles entrants.
La campagne aérienne lancée le 28 février contre l’Iran a déjà fortement réduit ses capacités offensives. Selon les déclarations du général Dan Caine, président du Comité des chefs d’état-major interarmées américain, les attaques de missiles iraniennes ont chuté de plus de 80 % en moins d’une semaine, signe que les frappes ciblées affaiblissent progressivement l’arsenal de Téhéran. L’armée israélienne prétend de son côté avoir détruit environ 75 % des lanceurs de missiles iraniens.
Malgré ces pertes, l’Iran continue d’utiliser son arsenal de manière méthodique, les médias d’État iraniens affirment que Téhéran avait lancé, au 5 mars, environ 500 missiles balistiques et de croisière ainsi que plus de 2 000 drones dans le cadre du conflit. Les missiles balistiques de courte portée Fatah-110 semblent être les plus employés, tandis que les modèles plus avancés comme le Khorramshahr-4 ou le Fattah-1, présenté par l’Iran comme hypersonique, restent utilisés avec parcimonie.
Cette stratégie traduit un changement tactique, l’Iran tire désormais ses missiles « à un rythme régulier et contre une large variété de cibles », plutôt que d’organiser de grandes attaques massives contre un point unique. L’objectif serait moins de provoquer un maximum de dégâts immédiats que d’user progressivement les stocks d’intercepteurs américains et alliés.
Parallèlement, Téhéran semble adopter une structure de commandement plus décentralisée. Après la mort du guide suprême iranien lors d’une frappe aérienne massive ayant également tué plusieurs hauts responsables, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a annoncé le passage à une « défense mosaïque décentralisée », permettant aux unités militaires d’agir avec davantage d’autonomie.
Cette approche rappelle une guerre de type guérilla. Il estime que l’Iran, bien qu’ayant perdu une part importante de ses ressources militaires, conserve suffisamment de capacités – notamment en matière de drones – pour poursuivre les combats pendant un certain temps.
Les défenses aériennes régionales jouent toutefois un rôle déterminant, les Émirats arabes unis affirment par exemple avoir intercepté 94 % des drones et 92 % des missiles tirés contre leur territoire grâce à leurs systèmes THAAD et Patriot de fabrication américaine. De leur côté, les États-Unis ont également frappé des installations souterraines iraniennes connues sous le nom de « villes de missiles », destinées à protéger l’arsenal balistique du pays.
Malgré les interceptions, certaines frappes iraniennes ont atteint leurs cibles. Un projectile a notamment touché un centre d’opérations tactiques américain au Koweït le 1er mars, tuant six soldats américains. Des images satellites ont également montré que des munitions iraniennes avaient endommagé des radars de systèmes THAAD en Jordanie et aux Émirats arabes unis.
À ce stade du conflit, il reste difficile d’évaluer précisément l’ampleur des pertes iraniennes. « Il est impossible de dire exactement ce qui a été détruit et ce qui a survécu ». Les États-Unis affirment observer une forte diminution des attaques iraniennes, mais il demeure incertain de savoir si cette baisse résulte d’un choix tactique ou d’une réduction réelle des capacités militaires de Téhéran.
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