L’entrée des Houthis dans le conflit bouleverse l’équilibre régional et menace le commerce mondial. Escalade militaire, tensions énergétiques et diplomatie sous pression.
Par Sahby Mehalla
Des secouristes se rassemblent près d’un cratère laissé par un missile iranien, le 28 mars 2026 à Beit Shemesh, en Israël. (Photo : Erik Marmor/Getty Images)
YAMEN — Les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, ont officiellement rejoint samedi le conflit au Moyen-Orient, désormais entré dans son deuxième mois, le groupe a revendiqué le lancement de missiles vers Israël, une attaque que l’armée israélienne affirme avoir interceptée.
Dans le même temps, le Pakistan a annoncé que plusieurs puissances régionales doivent se réunir dimanche afin d’examiner des solutions pour mettre fin aux hostilités.
Téhéran, de son côté, affiche un scepticisme marqué face aux efforts diplomatiques en cours. Parallèlement, environ 2 500 Marines américains ont été déployés dans la région, signe d’une escalade militaire persistante.
Ce conflit, qui a déjà fait plus de 3 000 morts, menace directement les approvisionnements mondiaux en pétrole, gaz naturel et engrais, tout en perturbant le trafic aérien, le contrôle exercé par l’Iran sur le détroit stratégique d’Ormuz continue de déstabiliser les marchés énergétiques et de faire grimper les prix.
Les États-Unis et Israël poursuivent leurs frappes contre l’Iran, qui riposte en visant Israël ainsi que plusieurs États arabes du Golfe.
L’entrée en scène des Houthis pourrait aggraver la situation, notamment si le groupe reprend ses attaques contre les navires commerciaux dans le détroit de Bab el-Mandeb, au sud de la mer Rouge, cette voie maritime stratégique assure habituellement près de 12 % du commerce mondial.
Selon Yahya Saree, porte-parole militaire des Houthis, des missiles ont été lancés contre des « sites militaires sensibles » dans le sud d’Israël, les experts alertent sur un risque de perturbation majeure du commerce maritime mondial.
Ahmed Nagi, analyste senior au sein de l’International Crisis Group, estime que « l’impact ne se limiterait pas au marché de l’énergie », mais pourrait affecter l’ensemble de la sécurité maritime.
Le détroit de Bab el-Mandeb constitue un passage clé pour les navires reliant la mer Rouge au canal de Suez, face à la fermeture quasi totale du détroit d’Ormuz, l’Arabie saoudite y redirige désormais une grande partie de ses exportations de pétrole.
Entre novembre 2023 et janvier 2025, les Houthis ont déjà attaqué plus de 100 navires marchands à l’aide de missiles et de drones, provoquant le naufrage de deux d’entre eux, ils affirmaient agir en soutien aux Palestiniens dans le contexte du conflit à Gaza.
L’implication des Houthis pourrait également compliquer les opérations militaires américaines, le porte-avions USS Gerald R. Ford, actuellement en Croatie pour maintenance, pourrait être redéployé en mer Rouge, au risque de devenir une cible, comme ce fut le cas pour d’autres navires américains en 2024 et 2025.
Les Houthis contrôlent la capitale yéménite Sanaa depuis 2014, une guerre menée par l’Arabie saoudite en soutien au gouvernement yéménite en exil a débuté en 2015, avant de déboucher sur un cessez-le-feu fragile toujours en vigueur.
Sur le plan diplomatique, le Pakistan a confirmé l’organisation de discussions de haut niveau avec l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Égypte.
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a évoqué des « échanges approfondis » avec le président iranien Massoud Pezeshkian concernant les tensions régionales.
Cependant, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a exprimé des doutes sur les initiatives diplomatiques, accusant les États-Unis de formuler des « exigences déraisonnables » et d’adopter une posture incohérente.
Washington a proposé un plan en 15 points incluant des restrictions sur le programme nucléaire iranien et la réouverture du détroit d’Ormuz, Téhéran a rejeté cette offre, proposant en retour un plan alternatif en cinq points, incluant des réparations et la reconnaissance de sa souveraineté sur cette voie stratégique.
Dans ce contexte, les États-Unis renforcent leur présence militaire avec l’arrivée de 2 500 Marines spécialisés dans les opérations amphibies, ainsi que d’au moins 1 000 parachutistes de la 82e division aéroportée, le secrétaire d’État Marco Rubio a affirmé que les objectifs américains pouvaient être atteints « sans recours à des troupes au sol ».
Le conflit continue de s’intensifier sur le plan humain, plus de 1 900 personnes ont été tuées en Iran, contre 19 en Israël, au Liban, où Israël mène une offensive au sud, le bilan dépasse les 1 100 morts.
Au moins 13 soldats américains ont perdu la vie, tandis que plus de 300 militaires américains ont été blessés, en Irak, 80 membres des forces de sécurité ont été tués, alors que des milices pro-iraniennes sont entrées dans le conflit.
Des frappes iraniennes ont également visé une base saoudienne stratégique, blessant plusieurs dizaines de soldats américains ces derniers jours.
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